TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Transition énergétique : bonnet blanc et blanc bonnet !

soiree-paris-20120127-flyer-a5-15marsLes récentes déclarations de M. Montebourg ainsi que de Delphine Batho sur le nucléaire comme sur les énergies renouvelables, laissent songeur...

Non pas tant à propos de leur volonté d’affirmer que le nucléaire reste une énergie d’avenir. Après tout, nous pouvions nous attendre à ce que les politiques tentent de promouvoir l’industrie nucléaire française. Mais surtout, parce que la vision de nos ministres de l’avenir et de l’intérêt des énergies renouvelables semble tout aussi pauvre que celle du précédent gouvernement.

Ainsi nos énergies renouvelables sont présentées une enième fois comme :

- Premièrement, une source de surcoûts dangereuse pour la France et les consommateurs
- Deuxièmement, en ce qui concerne plus particulièrement le solaire, une source de déficit commercial dû à un dumping chinois inacceptable.

Ces deux propositions, à bien des égards contradictoires démontrent malheureusement que nos gouvernants n’ont rien compris de la transition énergétique.

Les malheureuses tentatives de réguler les prix de l’essence en sont du reste la parfaite illustration : il est absolument illusoire de tenter de maintenir des prix qui ne cesseront d’augmenter dans les années et décennies qui viennent, du fait de leur rareté croissante.

Il faut dire la vérité aux français : l’énergie sera plus chère, qu’elle soit d’origine fossile ou nucléaire.

Pour ce qui concerne le fossile je ne m’attarderai pas sur cette évidence.

Pour le nucléaire, comparé aux énergies renouvelables, nous sommes face à deux énergies dont les dynamiques sont totalement contraires :

D’un côté, l’on s’aperçoit que le coût du nucléaire ne cesse d’augmenter et que remplacer nos centrales nucléaires par des centrales de nouvelle génération entraînerait, outre un rejet probablement massif des riverains, des surcoûts d’un facteur d’ordre 2 de l’électricité actuellement payée par les consommateurs, sans compter que la raréfaction des ressources d’uranium (50 à 80 ans de réserves seulement) entraînera une hausse régulière de cette même électricité.

De l’autre côté, les énergies renouvelables ne cessent de baisser, pour le solaire, grâce aux chinois et à leur dumping s’il est réel (et tant mieux) et nous permettent à la fois d’envisager une compétitivité rapide (dans moins de 2 ans pour les centrales au sol), une dépendance nulle vis-à-vis des ressources d’uranium ou d’hydrocarbures, et un contenu en emplois non délocalisables 5 à 10 fois plus important que celui du nucléaire.

Les chinois ne se sont pas trompés sur l’avenir de la filière solaire. Ceci explique sans aucun doute leur dynamisme dans la production de panneaux solaires. Leur défense vis-à-vis des nombreuses attaques de l’industrie européenne dont ils sont l’objet est également intéressante et nos gouvernants devraient s’y attarder quelque peu : dans un article intéressant du Figaro Economie, il est rappelé que les panneaux ne représentent plus que 25 à 30% du coût d’une centrale, les 70% restants étant non délocalisables. Il est également rappelé que les panneaux chinois sont fabriqués grâce à des machines outils françaises et allemandes…

Quant à la tentative dérisoire de nos gouvernants de comprendre, à travers une enième commission adhoc, pourquoi l’industrie française produit si peu de panneaux solaires, elle démontre encore l’incroyable décalage de nos gouvernants face aux réalités de la mondialisation et l’incroyable pouvoir de nos poussiéreux corps d’état.

Angela Merkel a pourtant bien compris que l’industrie solaire sera asiatique et balayera presque tous les européens. Lorsque l’on réalise à quelle vitesse nos chinois sont capables de concevoir et mettre en route une usine de panneaux, on a compris qu’il n’est pas possible de lutter contre eux, non pas tant pour des raisons de coût que des raisons d’efficacité et de rapidité.

Dès lors nos Photowatt, Fonroche, Auversun, et divers producteurs de panneaux n’ont, malgré leurs approvisionnements asiatiques en cellules photovoltaïques, strictement aucune chance de rester dans une telle course qui se joue désormais en Formule 1 et non en 2CV franchouillarde sympathique.

Ainsi, voilà la révolution verte des énergies renouvelables sacrifiée sur l’autel du lobby nucléaire et du poids des systèmes politiques convertis aux grandes industries du CAC 40.

Bonnet blanc et blanc bonnet. Il y a fort à parier que Delphine Batho nous ponde les jours prochains soit une commission nouvelle destinée à étudier le potentiel des énergies renouvelables en France, soit directement une annonce dont le contenu a déjà été écrit par ses prédécesseurs : « le solaire est trop coûteux; il dégrade la balance commerciale à cause des importations chinoises; les chinois font du dumping et ce n’est pas bien; nous n’avons pas de champion national; nos objectifs à 5 400 MWc seront bientôt atteints; les tarifs sont trop élevés et il faut les diminuer ».

La réalité est pourtant la suivante : les rythmes annuels d’installations solaires en France se sont effondrés de près de 80% au second semestre 2012 par rapport au rythme des 12 derniers mois et la plupart des installateurs sont exsangues.

La filière solaire comme éolienne a besoin d’un schéma directeur ambitieux, et de mécanismes simples, stables et pérennes dans le temps. Sous ces conditions, ce sont des milliers de PME qui créeront les infrastructures énergétiques renouvelables de demain et les dizaines de milliers d’emplois associés. Ce faisant, elles permettront à la France non seulement de créer un tissu industriel dynamique mais aussi et surtout d’accéder à une indépendance énergétique croissante au contraire des solutions à base d’hydrocarbures ou d’uranium. Ce sont elles qui créeront les réseaux intelligents de demain et développeront les solutions de stockage d’électricité.

Enfin il faut reconnaître qu’elles perturberont les grands acteurs établis (Total, EDF, Areva) car feront évoluer leurs business modèles et affaibliront leur mainmise sur le système énergétique national.

Article Antoine Nogier, Polytehnique, Président Fondateur de Sun'R

 


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Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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