TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Pour résoudre leurs difficultés économiques, les villes doivent miser sur l’efficacité énergétique

L’ancien maire de Toronto David Miller donne des exemples d’actions de collectivités pour l’environnement, et souligne que les retombées sont positives pour l’emploi et l’économie.

 

David Miller

 

 

Philadelphie – Une ville, région ou nation qui veut résoudre ses problèmes économiques peut y parvenir en venant à bout de ses problèmes environnementaux, affirme David Miller, ancien maire de Toronto.

 

« Al Gore a très bien œuvré dans les pays anglophones pour informer les gens sur la réalité du changement climatique. La fameuse vérité qui dérange… », indique-t-il. « Aujourd’hui, nous avons besoin de la vérité qui « arrange »: à savoir, que l’environnement et l’emploi peuvent non seulement coexister, mais que nous ne pouvons pas remédier à nos difficultés économiques sans surmonter nos difficultés environnementales. »

 

À l’occasion du symposium sur l’initiative Construction durable du Programme des Nations Unies pour l’environnement à l’université de Pennsylvanie, l’ancien président du groupe C40 a expliqué comment le changement climatique crée des ravages pour les villes et leur budget.

 

Un exemple: les « tempêtes très inhabituelles » qui frappent les grandes métropoles à travers le globe. Toronto a essuyé plusieurs tempêtes de grande ampleur qui ne se produisent normalement qu’une fois tous les 50 ans, explique David Miller.

 

« Le coût sur notre infrastructure est très élevé », souligne-t-il. « Rien que pour faire face à ces tempêtes, nous investissons un milliard de dollars dans l’infrastructure chaque année », et cela n’inclut pas les dépenses massives pour les propriétaires privés.

 

« À mesure que le changement climatique se poursuivra, nous verrons de plus en plus de problèmes environnementaux ayant un impact direct sur les villes et la façon dont elles sont construites », prédit-il.

 

C’est pourquoi des villes et leurs maires mènent la charge, principalement via l’initiative du C40 Cities Climate Leadership Group, qui compte 40 villes partenaires, d’Addis-Abeba à Varsovie, et 18 autres affiliées, d’Amsterdam à Yokohama. La force de cette organisation est d’encourager les villes développées à aider leurs homologues en voie de développement sur les questions de résistance, explique David Miller.

 

« Les maires se sentent obligés d’agir et prennent un certain nombre d’initiatives importantes », ajoute-t-il, précisant que l’investissement direct dans les villes est un moyen clé de répondre aux initiatives nationales pour le climat. « Ce que nous essayons de faire en tant que maires, c’est trouver un moyen de nous développer tout en arrivant à faire baisser notre impact climatique. »

 

David Miller cite plusieurs initiatives dans des villes à travers le monde. Parmi elles:

  • Sao Paulo utilise l’énergie de son immense décharge (la plus grande d’Amérique du Sud) en capturant le méthane qui s’en dégage. « Je dirais qu’elle est aussi grande que le centre-ville de Philadelphie et aussi haute que certains des plus grands immeubles », précise-t-il à titre de comparaison. Toronto a suivi une approche similaire à London, dans l’Ontario, en canalisant le méthane jusqu’à une exploitation en dehors de la ville où la chaleur résiduelle est utilisée dans des serres à l’échelle industrielle pour la culture des fruits et légumes. « Ceux qui affirment qu’il est impossible de trouver des sources d’énergie durables n’ouvrent pas assez les yeux », décrète-t-il.
  • À Los Angeles, 140.000 éclairages de rue ont été modernisés avec des ampoules à LED, qui permettent d’économiser 10 millions de dollars par an et sont amorties en sept ans.
  • Calgary a investi dans l’éolien, à telle enseigne que toute son énergie municipale (y compris le système de transports en commun) sera alimentée par cette source propre d’ici 2012. De même, Copenhague fournit de l’énergie à 150.000 foyers grâce à 80 éoliennes en mer. « Aujourd’hui, Copenhague ne se contente pas d’avoir une stratégie environnementale: sa stratégie environnementale est sa stratégie économique », résume David Miller. « Les deux sont étroitement liées. »

Toronto avait l’habitude d’expédier ses déchets (140 camions par jour) au Michigan pour les déverser dans des décharges. Mais la ville a commencé à facturer le ramassage des ordures et à le tarifer selon le volume.

 

Conséquence: la ville a obtenu une diminution de 70% dans les maisons individuelles, raconte David Miller (les résidences collectives restent problématiques; il est difficile de recycler lorsque ces immeubles n’ont qu’un seul vide-ordures, admet-il).

 

Toronto a pris sa première mesure en 2007 avec un plan d’action contre le changement climatique, avant d’enchaîner sur une stratégie de développement économique en 2008 et une stratégie pour une énergie durable en 2009, rappelle David Miller.

 

Dans une ville européenne ou nord-américaine type, entre 60 et 80% des émissions de gaz à effet de serre proviennent des bâtiments; le reste vient de l’énergie et des transports, précise-t-il.

 

Des nouvelles règlementations strictes

 

« Notre stratégie consistait avant tout à préserver l’énergie (en intervenant sur les bâtiments), puis à créer un réseau électrique intelligent », confie-t-il. « Du point de vue de la ville de Toronto, nous ne pouvons pas atteindre nos objectifs économiques ou d’émissions de gaz à effet de serre si nous ne parvenons pas à diminuer nettement la consommation d’énergie des bâtiments. »

 

Ce qui implique de nouvelles réglementations strictes en matière de construction. « À présent, nos bâtiments commerciaux en centre-ville de Toronto sont généralement construits conformément à la certification LEED Or ou Platine », se félicite-t-il. « Les nouveaux bâtiments sont très importants. »

 

Les anciens aussi, car ils présentent de nombreuses opportunités, remarque David Miller. Prenez le béton: c’est un matériau robuste, mais il n’a aucun pouvoir isolant. « Ces bâtiments seront là encore une centaine d’années et gaspilleront énormément d’énergie », déplore-t-il, citant la statistique selon laquelle un appartement avec une seule chambre dans un grand immeuble en béton consomme la même quantité d’énergie qu’un petit pavillon.

 

L’isolation du bâti existant, un enjeu d’énergie et d’emploi

 

Par contre, si vous isolez ces immeubles en béton avec un revêtement externe et que vous répétez cette opération pour les 1.000 autres bâtiments similaires de Toronto, vous pourriez faire baisser la consommation d’énergie dans la région de 5 ou 6%, estime David Miller. Néanmoins, tout est une question de financement: le retour sur investissement pour le secteur privé doit être inférieur à sept ans, prévient-il.

 

« Ce n’est pas vraiment un problème de capitaux », explique-t-il. « Le vrai problème, c’est le retour sur investissement. »


Ce qui se traduit rapidement par une croissance économique et la création d’emplois. Ce type de travail de modernisation exige une formation: un seul bâtiment pourrait nécessiter 30 personnes; à raison de 1.000 bâtiments similaires à Toronto, l’opération pourrait créer pas moins de 30.000 emplois, espère David Miller.

 

« Notre travail est de veiller à ce qu’une ville soit prospère, agréable à vivre et présente des opportunités pour tous, et pas seulement quelques privilégiés », conclut-il.

 

http://www.smartplanet.fr/smart-people/pour-resoudre-leurs-difficultes-economiques-les-villes-doivent-miser-sur-lefficacite-energetique-9391/

 

 

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