TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Photovoltaïque : n'ayons pas peur de passer à une logique de marché

Thierry Lepercq, Président de SolaireDirect, nous propose son avis d'expert sur l'avenir de la filière PV en pleine transition, avec la fin de l'économie administrée, vers une logique de marché.

   
Thierry Lepercq
Président de SolaireDirect.
 
 
 
 

 

 

 

   

 

Diplômé de HEC, ancien banquier d’affaires dans le secteur des hautes technologies (Bankers Trust, Banque Arjil, Oddo). Monte NetsCapital en 1999, le premier établissement financier dédié aux sociétés de technologie. Fondateur en 2003, de Novatio Partners, un cabinet de conseil spécialisé dans l’innovation dans le secteur de l’énergie.

 

Jusqu'à il y a à peine quelques semaines il était courant en France de louer la performance allemande en matière d'énergies renouvelables et surtout de photovoltaïque. Quelle réussite ! 25 GW installés dont 3 GW pour le seul mois de décembre 2011 !

 

Et puis patatras, le 23 février dernier le gouvernement allemand annonce une baisse des tarifs d'achat photovoltaïques de l'ordre de 40% par rapport au niveau de fin 2011 (soit entre 13.5 et 19.5 c/kWh), avec effet quasi-immédiat (9 mars, reporté depuis au 1er avril). C'est la panique au sein de la filière, protestations et manifestations se multiplient, des faillites sont annoncées…

 

La fin d'une économie administrée

 

Cette histoire allemande n'est pas sans rappeler la situation française avec le moratoire de décembre 2010, et fait écho à ce qui est arrivé en Espagne, en République Tchèque, et plus récemment en Australie et en Grande-Bretagne. Que se passe-t-il ?

 

Imaginez une économie où c'est l'Etat qui détermine la forme et le prix d'un produit, agit comme acheteur unique, et distribue ledit produit en échange d'une quasi-taxe. S'agit-il du Gosplan, qui aux beaux jours de l'Union Soviétique déterminait la taille et le prix des chaussures noires qu'on devait produire chaque année, et qui a eu les résultats que nous connaissons ? En fait c'est aussi la manière dont l'économie du photovoltaïque a fonctionné en Europe depuis 2000.

 

Un système habilement conçu pour permettre l'émergence d'une énergie coûteuse et marginale a littéralement implosé avec la très forte baisse des coûts des cellules et modules et le boom des volumes.

 

La « dette solaire » européenne, c'est-à-dire les surcoûts déjà contractés (sur 20 ans en général) pour les installations photovoltaïques existantes, dépasse aujourd'hui les 300 milliards d'euros (dont 180 milliards pour l'Allemagne et 20 milliards pour la France) pour à peine plus de 1% de l'électricité générée dans l'Union : le système est arrivé à son terme.

 

Ce que nous vivons en fait c'est la transition – chaotique – d'un système administré vers un système de marché, avec des dégâts collatéraux majeurs sur une filière dont la grande majorité des acteurs qui n'ont pas su anticiper cette transition.

 

Quelques principes économiques de base

 

Comment en est-on arrivé là ? L'économie de marché à ses règles, et les ignorer peut avoir de très graves conséquences :

  • La fixation administrative des tarifs et l'obstruction des signaux prix, qui doivent normalement permettre l'ajustement de l'offre et de la demande, peut conduire à l'explosion des volumes sans contrepartie ;
  • Un régime de subvention sans enveloppe – ce qui est le cas d'un système de tarif d'achat sans plafond, peut conduire à partir d'un certain seuil à la faillite de la collectivité qui en assume la charge ;
  • La priorité d'injection sur le réseau et l'intermédiation obligatoire par l'Etat (ou son représentant EDF AOA dans le cas français) de la relation producteur-consommateur d'énergie est un obstacle à une intégration harmonieuse d'installations décentralisées et intermittentes et découragent les innovations technologiques et de services (notamment en matière de smart grid).

Beaucoup d'acteurs du solaire récusent la logique de marché aux motifs que d'autres formes d'énergie ont fait l'objet ou font l'objet de subventions directes ou indirectes. Mais ces plaintes seraient recevables si le solaire était effectivement – injustement - condamné à une impasse. Or c'est loin d'être le cas.

 

La question est de savoir si  peut-on passer à un système réellement soutenable, sans subvention, et si la filière doit avoir peur d'un basculement d'une logique administrée à une logique de marché ? En fait, si on met les choses en perspective, la situation actuelle est très prometteuse.

 

Les perspectives immenses de l'électricité solaire compétitive, dans une logique de marché

 

Grâce à la baisse des coûts du silicium (25 $/kg sur le marché spot aujourd'hui contre près de 500 $/kg en 2008), et les investissements considérables d'acteurs comme Hemlock (Etats-Unis), Wacker (Allemagne), OCI (Corée) et GCL Poly (Chine), le coût des cellules et modules (qu'ils soient produits en Chine ou ailleurs) a baissé de 80% en 4 ans. Le BOS (Balance-of-System, systèmes électriques principalement) connait lui aussi une forte baisse.

 

Chez Solairedirect nous sommes déjà en mesure, dans le cadre de contrats récemment signés de fourniture de gré à gré portant sur plus de 120 MW avec des compagnies d'électricité et des grands utilisateurs en France et plusieurs pays émergents (Inde, Chili, Afrique du Sud…), de produire de l'électricité solaire à 100 euros/MWh, soit moins que le prix payé par le particulier en France.

 

Notre feuille de route nous conduit vers 70 euros/MWh en 2014, un niveau comparable au prix de gros dans la plupart des pays – et sensiblement inférieur à toutes les autres formes d'énergies pour des installations nouvelles, à l'exception du gaz de schiste : c'est bientôt au tour des autres sources d'énergie de se faire du souci !

 

Le message est clair : le solaire photovoltaïque est en passe de devenir pleinement compétitif, de sortir du ghetto écologique qui l'a vu naitre et rejoint maintenant le vaste monde des énergies dites conventionnelles, avec lesquelles il peut désormais pleinement se mesurer.

 

Dans cette transition, la logique de marché n'est pas l'ennemie du solaire, elle est son meilleur allié. Vendre son électricité dans le cadre de contrats à long terme (CVES ou Contrats de vente d'Electricité Solaire) ou sur le marché est la meilleure manière pour les producteurs solaires d'assurer la pérennité de leur modèle économique, et de l'enrichir, notamment avec des innovations permettant une meilleure intégration au réseau et le développement de services énergétiques.

 

La course est ouverte pour le développement de nouvelles offres et nouveaux modèles économiques autour de la production décentralisée d'électricité propre. L'avenir s'annonce très prometteur pour les acteurs du solaire qui n'auront pas peur de traverser le Rubicon et aller à la rencontre des énergéticiens et consommateurs d'énergie lesquels, l'expérience de Solairedirect l'atteste, sont en très forte demande de fourniture sécurisée d'électricité solaire compétitive et intelligente, sur le long terme.

 

Avis d'expert proposé par Thierry Lepercq, Président de SolaireDirect

 

http://www.actu-environnement.com/ae/news/thierry-leplerc-15341.php4#.T3y7SokzXGU.facebook

 

 

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