TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Parité réseau du photovoltaïque : du rêve à la réalité

 

 
Antoine Nogier
Président de Sun'R.
Ancien élève de l'Ecole Polytechnique,
Fondateur de l'Observatoire de l'Innovation dans l'Energie.
 

Le graal de la parité réseau du photovoltaïque est en train de devenir une réalité en Europe mais alimente des controverses interminables. Que signifie donc « la parité réseau ? » : des réalités complexes, qu'entretiennent par un flou savant les adversaires déclarés des énergies renouvelables.


S'entendre sur la notion de parité réseau

On peut retenir une définition qui obtiendra je l'espère un consensus général : le photovoltaïque aura atteint la parité réseau lorsqu'il sera à même de contenir vis-à-vis d'une autre énergie qui serait proposée en alternative le coût moyen du kWh.

Il s'agit donc d'analyser si le développement d'infrastructures photovoltaïques est à même de coûter moins cher au total à la collectivité dans l'avenir que le développement d'une énergie alternative, par exemple nucléaire ou au gaz.


Intégrer les prix et externalités

Cette analyse pose plusieurs postulats, qu'il serait impossible de décrire en totalité ici, mais dont les plus importants sont les suivants :

1. d'une part, il s'agit d'intégrer le coût de la technologie indépendamment des éventuels tarifs de soutien, qui sont des prix et des mécanismes destinés à donner à un instant T une visibilité sur une filière.

2. d'autre part, il faut intégrer dans l'analyse l'ensemble des externalités procurées par telle ou telle technologie : ainsi le coût de l'intermittence du photovoltaïque doit être intégré en tant que tel car il suppose que soient associées, lorsque le soleil ne brille pas – des capacités additionnelles (stockage, centrales à gaz) quand bien même le mécanisme actuel de marché n'intégrerait pas ces externalités.

Réciproquement, d'autres externalités comme la modification des infrastructures de transport et de distribution impliquées par telle ou telle technologie, le temps de déploiement de ces technologies, la capacité à maîtriser leurs coûts, les risques sur la santé ou l'environnement (CO2, déchets nucléaires) sont également à prendre en compte et peuvent être, dans une certaine mesure, quantifiés.

3. enfin il faut faire fi des capacités actuelles installées, quelles qu'elles soient, et se contenter de décrire un système énergétique nouveau dans lequel seraient comparées différentes technologies de production, installées en plus ou en remplacement des technologies en place.

Cela tombe bien car la France qui a décidé de réduire progressivement à 50% sa production d'origine nucléaire d'ici 2025 (contre près de 80% actuellement) doit obligatoirement réfléchir à mettre en place de nouvelles capacités de production.

Ainsi comparer le coût de revient actuel des centrales nucléaires (de 30 à 50 €/MWh) avec le prix d'achat de revient des centrales photovoltaïque n'a absolument aucun sens et est trompeur : on confond neuf et ancien, prix et coût. C'est pourtant l'erreur reprise si souvent par certains journalistes, sous l'influence de certains grands groupes de pression ou certaines corporations.

D'autres considérations comme l'inflation des coûts de combustible par leur raréfaction (et donc le coût actualisé de l'énergie sur une longue période) sont également des paramètres clés dans l'évaluation de la parité de telle ou telle filière.


Le nucléaire est plus cher que prévu

Sous cet angle, le photovoltaïque est sur le point d'atteindre la parité avec le nucléaire, si ce n'est déjà le cas. Il se trouve que les expériences malheureuses des EPR en construction ou en projet nous permettent d'avoir une indication claire sur son coût réel.

Ainsi la Cour des Comptes a estimé en début d'année le coût du kWh issu de l'EPR à environ 90 €/MWh, et ceci avant que de nouveaux dérapages (sur Flamanville) ne viennent aggraver son analyse. Récemment, EDF a tenté d'arracher au gouvernement anglais un prix de 120 à 150 €/MWh pour un éventuel nouvel EPR qui serait construit outre manche.

Il semble ainsi que le coût de revient du MWh « EPR » soit en réalité situé entre 100 et 120 €/MWh. Il ne fait aucun doute par ailleurs que ce coût ne diminuera pas (bien au contraire) dans les années qui viennent en raison du renforcement des normes de sécurité, de la raréfaction du combustible, ou encore des difficultés croissantes posées par le stockage de déchets ou le démantèlement de ces centrales après 40 ans.


La parité réseau est imminente pour le photovoltaïque

En ce qui concerne le photovoltaïque, le gouvernement tente actuellement de diminuer le tarif de base du photovoltaïque, en le ramenant de 108 € à 84 €/MWh du seul fait que certains producteurs commencent à déposer des dossiers à ces tarifs là. Outre la preuve évidente que décidément certaines corporations cherchent par tous les moyens à tuer le photovoltaïque, c'est bien là le signe que le prix de revient du MWh photovoltaïque a d'ores et déjà atteint les 100 €/MWh dans certaines régions du sud de la France.

Intégrons maintenant certaines externalités. L'Agence Internationale de l'Énergie a récemment évalué le coût de l'intermittence des énergies renouvelables entre 5 et 15 €/MWh. C'est donc une donnée qui vient s'ajouter aux 100 €/MWh évoqués et soutient parfaitement la comparaison avec les 100 à 120 €/MWh de l'EPR.


Pas de dérapage budgétaire dans le solaire

Cette fourchette de 5 à 15 €/MWh est sans doute sous évaluée, dirons certains, si le photovoltaïque se déploie massivement et oblige l'ensemble des infrastructures de transport et de distribution à évoluer radicalement. C'est sans doute vrai, à la nuance près que si nous nous plaçons dans un horizon de fort taux de pénétration des énergies intermittentes dans le réseau ce qui est loin d'être le cas actuellement, il faut alors refaire l'analyse en intégrant les perspectives de baisse du coût du photovoltaïque qui sont considérables. Le CGEDD estime à ce titre que celui-ci devrait encore diminuer de 30% dans les 4 à 5 ans qui viennent. Nous voilà ramenés à un coût total, intermittence comprise, à 85 €/MWh, et 100 € si l'on double à 30 €/MWh le coût de revient de l'intermittence qu'il génère.

Ajoutons les autres externalités du nucléaire : actuellement les délais de construction d'une tranche nucléaire ne sont pas maîtrisés comme les coûts ne le sont pas non plus. Il faut entre 10 et 15 ans pour décider de lancer une tranche nucléaire, choisir le site d'implantation, construire, et commencer son exploitation.

Inversement, il n'existe aucun exemple de dérapage de coût ou de délai dans le développement du photovoltaïque. Bien au contraire, tous gouvernements ont été pris de court par l'ampleur des diminutions de coût, et par l'importance du rythme d'installation sur leur sol. Les allemands comme les italiens construisent chaque année, sans qu'une instance suprême ne le planifie, l'équivalent en énergie d'un nouveau réacteur nucléaire. Qui peut proposer une telle efficacité ? Aucune technologie, qu'elle soit nucléaire ou thermique.

Ajoutons enfin le coût de la tonne de carbone évitée (ou de déchet nucléaire évité) et l'on aura compris que le photovoltaïque est une solution qui va nécessairement participer dans l'avenir à contenir l'augmentation inévitable et dramatique des prix de l'énergie électrique, qui sera tirée par le prix du gaz, du pétrole, et par les répercussions inéluctables des vrais prix de l'énergie nucléaire.


Il ne reste plus qu'à gommer les effets de l'intermittence

Le développement du photovoltaïque doit cependant être accompagné par une série de mesures si l'on veut qu'il remplisse ces objectifs. La tarification du solaire doit être intégralement repensée afin de pousser les producteurs à devenir « intelligents » : comprendre leurs impacts sur le réseau, stocker l'énergie, coupler leur production avec des unités d'énergie non intermittentes afin de minimiser leurs impacts.

Par ailleurs il serait temps d'annoncer aux français que le prix de l'énergie est amené à augmenter fortement, non du fait des énergies renouvelables, mais avant tout et surtout du fait de la nécessité de renouveler d'ici 20 ans une partie importante du parc nucléaire, dont le coût a par ailleurs été sous-évalué dramatiquement par le lobby nucléaire.

Avis d'expert proposé par Antoine Nogier, Président de Sun'R.

Article Actu-Environnement

Sun'R

 

 

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Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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