TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Nucléaire: les partisans de l'atome neutralisent le débat

En dépit d'une opinion publique alarmée par Fukushima, les hérauts du nucléaire, présents aux postes clés de la fonction publique et des grandes entreprises, continuent de donner le la de la politique énergétique.

 

 

Fessenheim. Les antinucléaires réclament, en vain, l'arrêt de la doyenne des centrales françaises, dont la rénovation va coûter 20 millions d'euros à EDF.
Fessenheim. Les antinucléaires réclament, en vain, l'arrêt de la doyenne des centrales françaises, dont la rénovation va coûter 20 millions d'euros à EDF.

 

C'est l'histoire d'un grand débat démocratique qui s'est noyé dans les calculs boutiquiers et politiques d'une campagne présidentielle. En théorie, la catastrophe de Fukushima devait permettre de poser sereinement la question de l'hypertrophie de l'industrie nucléaire française, alors que 75 % de l'électricité produite dans l'Hexagone proviennent de l'atome, un record mondial. Las, le débat a tourné court.

 

Le lobby nucléaire
 

EDF, avec ses 65,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2011 et ses 158 000 salariés, et ses centaines de sous-traitants. Le secteur nucléaire fait vivre près de 400 000 salariés sur tout le territoire.

 

Ses relais syndicaux: la CGT (650 000 adhérents) est l'un des plus fervents défenseurs de l'atome.

 

Certes, le consensus historique national en faveur de l'atome s'est fissuré, et des voix prônant un modèle alternatif crédible se sont fait entendre. Pour autant, le modèle français du tout nucléaire n'a pas été fondamentalement remis en cause.

 

Symbole du malaise, les hésitations du PS et de son candidat, François Hollande. Si le champion socialiste se prononçait, il y a encore quelques mois, très clairement en faveur d'une réduction de 75 à 50 % de la part du nucléaire dans le mix électrique français d'ici à 2025, il est nettement plus flou sur la marche à suivre. "Progressivement, François Hollande a réduit ses propositions sur le nucléaire à la fermeture de la centrale de Fessenheim", dénonce l'avocate et présidente de Cap 21, Corinne Lepage, qui s'est finalement ralliée à sa candidature. Pourtant, de nombreux sondages révèlent un basculement de l'opinion. Le dernier, réalisé en mars par l'institut CSA - et commandé par Greenpeace, - révèle que 84 % des Français estiment n'être pas suffisamment consultés en matière de nucléaire.

 

Des experts faussement indépendants
 

Comment alors expliquer la surdité de la classe politique ? "Le lobby nucléaire français est installé à tous les postes clés", dénonce le physicien Bernard Laponche, membre fondateur de l'association antinucléaire Global Chance. Son noyau, le fameux corps des Mines, d'où sont issus les meilleurs élèves de Polytechnique ou de l'ENA. Or, dans une France ou l'élitisme républicain est toujours de mise, ce sont eux qui verrouillent les postes de la haute fonction publique ou ceux des grandes entreprises nationales. Luc Oursel, le président d'Areva, Pierre-Franck Chevet, le directeur de l'énergie et du climat au ministère de l'Ecologie, ou encore André-Claude Lacoste, le président de l'Autorité de sûreté nucléaire, sont tous issus du même sérail. Leur objectif : le prolongement de la durée de vie du parc. Rien de mieux qu'une étude réalisée par des experts indépendants pour contrecarrer les scénarios de sortie de l'atome de certaines associations vertes, négaWatt en tête. Les conclusions du rapport de la commission Energies 2050, remises à Eric Besson en février, sont tombées pile-poil. Problème : à la tête de cette commission, on trouve deux personnalités clairement affichées pronucléaires, Claude Mandil, l'ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie, et Jacques Percebois, professeur à l'université de Montpellier. "Dans les quatre scénarios étudiés, le moins coûteux pour le consommateur est celui où la durée de vie des centrales est prolongée. Une sortie complète du nucléaire à l'horizon 2030 entraînerait un doublement du prix de l'électricité", explique, très convaincant, Jacques Percebois.

 

Les pourfendeurs de l'atome répondent, eux, que le progrès technique permettra d'abaisser les coûts de production des énergies renouvelables, tandis que les dépenses liées à la mise aux normes des centrales n'ont pas toutes été prises en compte dans les scénarios de cette commission. Pour preuve, le dernier incident à la centrale de Penly, sur une pompe de refroidissement, pourrait inciter EDF à procéder à des vérifications sur l'ensemble de ses sites. En attendant, à la centrale de Fessenheim, la doyenne du parc français, les travaux de rénovation vont commencer : près de 20 millions d'euros de dépenses d'ici à la mi-2013. "Nous poursuivons les travaux d'amélioration de la sûreté indépendamment des débats de la campagne présidentielle", a déclaré Thierry Rosso, le directeur de la centrale. Comme s'il connaissait déjà l'avenir.

 

http://lexpansion.lexpress.fr/economie/nucleaire-les-partisans-de-l-atome-neutralisent-le-debat_292395.html

 

 

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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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