TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Mais qui conseille notre ministre de l'énergie ? Il est en retard de plusieurs années.

Le ministre de l’industrie Eric Besson interrogé il y a quelques jours sur France Inter a comparé les coûts du kWh nucléaire et du kWh photovoltaïque : d’après lui, ce dernier est dix fois plus cher que le premier. Comment arriver à ces chiffres ?

Le coût du kWh nucléaire est estimé à ce jour dans une fourchette de 4,5 à 11 c€ suivant les sources, avec une moyenne de l’ordre de 5 à 5,5 c€. Nous ne reprendrons pas ici les incertitudes réelles sur ces évaluations, incertitudes qui font exprimer aux commissaires aux comptes d’EDF une remarque sur l’impact significatif qu’aurait la prise en compte d’autres hypothèses que celles retenues par la direction d’EDF.

Admettons que le chiffre soit 5 c€ le kWh, cela voudrait-il dire que le coût du kWh photovoltaïque est de 50 c€ ? Mais qui conseille notre ministre ? Il est en retard de plusieurs années. Actuellement les études de faisabilité donnent des CGA (coût global actualisé ou LCOE en anglais) compris entre 8 et 30 c€ suivant le lieu, la taille et la nature de l’installation. Les tarifs les plus bas sont pour les installations au sol de grande taille dans les régions à forte irradiation (donc en dehors de la France), les tarifs les plus hauts pour les petites centrales intégrées en toiture chez nous. Solaire Direct communique en ce moment sur un CGA produit dans le sud de la France de l’ordre de 12 c€, soit un rapport de 2,4 seulement.

Alors le ministre compare-t-il les prix de vente ? Actuellement le prix du kWh acheté au producteur ‘historique’ par le petit consommateur est payé en moyenne 14,5 c€ (source Observatoire des marchés de l’électricité et du gaz, CRE), alors que le tarif d’achat du kWh produit par une installation PV équivalente est de 40,6 c€ soit un rapport de 2,8. Pour une installation plus importante, le coût du kWh est de 11,2 c€ (toujours source CRE) à comparer à un tarif d’achat PV de 28,8 à 35,5 c€ soit un rapport de 2,6 à 3,2.

Non seulement l’ordre de grandeur n’est pas correct mais il y a en plus une grave erreur de raisonnement. En effet on compare d’un côté le prix de revient à l’instant t du kWh nucléaire et de l’autre côté le CGA sur les 20 prochaines années d’un kWh d’origine photovoltaïque. Qui peut croire que le coût de production nucléaire sera stable sur les 20 ans qui viennent, qu’il n’y aura pas de dérive sur ces coûts ? Cette remarque est valable pour toute comparaison entre le kWh nucléaire et le kWh d’une source renouvelable, et le photovoltaïque en particulier, parce que sa structure de coût est très sécurisée : un investissement important certes, mais très peu de frais de fonctionnement ensuite. Ainsi le consommateur doit comparer d’une part un prix de kWh domestique aujourd’hui à 14,5 c€ dont l’évolution est inconnue – probablement bien supérieure à l’inflation, comme cela est le cas depuis 2 ans – et d’autre part un prix moyen stable de 15 à 16 c€ sur les 20 ans qui viennent, chiffre que l’on atteint pour des installations jusqu’à 100 kWc. On voit bien de quel côté est la sécurité.

Les grandes manœuvres d’influence ont commencé, et il est fait appel aux ‘éléments de langage’, pas aux faits : la rationalité n’est plus prioritaire.

Elle est là, la catastrophe !

Alain Ricaud
 
 
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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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