TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Les déchets radioactifs autorisés dans les matériaux de construction

EDF-copie-1Il faut croire que nos élus n’auront jamais la force de caractère suffisante pour résister aux pressions des lobbies. 

Les démantèlements des centrales nucléaires vont se multiplier et ne vont aller qu’en s’amplifiant, les millions de tonnes de déchets s’amassent redoutablement et la contamination radioactive devient de plus en plus difficile à endiguer « légalement ». Il faut des portes de sortie à tous ces industriels du nucléaires qui, les pauvres, n’arrivent plus à dormir.
 
Leurs milliards de chiffres d’affaires ne sauraient être grevés par les milliards qu’il leur faudrait mobiliser pour résoudre à peu près « proprement » le problème des déchets radioactifs. Ce serait intolérable !
 
Alors pourquoi pas une petite loi permissive, une petite dérogation pour qu’ils retrouvent le sommeil.
 
Il ne leur aura donc fallu que 7 ans pour désamorcer le régime d’interdiction et le changer en un régime de dérogations grâce à la publication de l’arrêté du 5 mai 2009.
 
Pourtant l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) avait émis un AVIS DEFAVORABLE en considérant que ce projet d’arrêté « tendait à banaliser la délivrance des dérogations » et que la gestion des déchets nucléaires ne devait pas recourir à la dilution comme mécanisme d’élimination, en particulier à la dilution dans les produits de consommation.
 
Mais cet avis n’ayant pas le statut d’avis conforme, il n’avait rien de contraignant et les ministres « compétents » ont pu passer outre et ne s’en sont pas privé.
 
Les conséquences :
 
Seules 5 catégories de produits ne peuvent bénéficier de dérogations et sont donc protégées de tout ajout de substances radioactives : Les aliments, les produits cosmétiques, les parures, les jouets et les matériaux en contact avec les aliments et les eaux.
 
Pour toutes les autres catégories de produits, les industriels ont désormais la possibilité d’obtenir des dérogations à l’interdiction d’ajouter des substances radioactives.
 
En conséquence, bientôt les métaux, plastiques, gravats… contaminés issus du démantèlement d’installations nucléaires pourront servir à la fabrication de matériaux (ciments, acier, plomb…) qui seront utilisés pour la construction d’habitats ou de locaux de travail, de moyens de transport (voitures, vélo, bateaux…), d’équipements ou d’objets de la vie quotidienne (meubles, fournitures de bureau, vêtements…).
 
Si les jouets sont exclus des dérogations, la fabrication des équipements destinés aux bébés ou aux enfants… pourra s’effectuer à l’aide de composants radioactifs. Si les matériaux en contact avec les aliments sont exclus des dérogations, tel n’est pas le cas des vêtements et des polaires qui pourront, par exemple, être réalisés à l’aide de plastiques contaminés en provenance de la déconstruction de centrales ou d’usines d’enrichissement...
 
Il faut par ailleurs souligner que l’interdiction de fabriquer des jouets, des parures et des objets en contact avec les aliments à partir de matériaux contaminés provenant des installations nucléaires ne peut être garantie qu’à la phase initiale, lors du premier recyclage. Pour les recyclages ultérieurs, tout contrôle sera impossible.
 
Imaginons que du plastique contaminé soit utilisé pour la confection de tables et chaises de jardin (une application qui est éligible aux dérogations). Lorsque ces équipements seront hors d’usage et recyclés, rien ne garantira que le plastique récupéré ne servira pas à la fabrication de jouets, de parures ou d’emballages alimentaires : le code de la santé publique interdit dans ce cas la délivrance de dérogations au régime d’interdiction mais, à ce stade, le plastique contaminé ne proviendra pas d’une installation nucléaire ; il sera déjà dans le domaine public !
 
Il n’y aura pas de dérogation à demander : l’ajout se fera en dehors de toute autorisation et à l’insu de tout le monde, des consommateurs comme des autorités, puisque la traçabilité ne sera plus assurée. De la même façon, il ne sera plus possible d’empêcher que de l’acier contaminé utilisé dans l’industrie automobile ne serve pas, lorsque les voitures seront mises au rebut, à la fabrication de batteries de cuisine. Et ainsi de suite…
 
 
Ouest France, UFC Que Choisir (N°477)… relatent l’info.
 
Mais pour l’instant, le bras armé, face à ce qu’il faut bien appeler une incurie de plus, est la CRIIRAD, Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité, qui se démène avec toute la compétence qu’elle démontre depuis des années.
 
Le 10 juillet 2009, elle a adressé au Conseil d’Etat un recours pour excès de pouvoir visant à l’annulation de l’arrêté du 5 mai 2009.
 
Bien que le Conseil d’Etat ait fixé aux ministres de la santé, de la consommation et de la construction, à partir du 28 août 2009, un délai de 2 mois pour répondre aux arguments développés par la CRIIRAD, au 16 novembre 2009, les ministères étaient restés muets : le Conseil d’Etat n’avait enregistré ni mémoire en réponse, ni demande de délai supplémentaire.
 
Le scandale de l’amiante, du sang contaminé, du nuage de Tchernobyl qui s’arrête à nos frontières, l’hormone de croissance, le prion de la vache folle, les phtalates et le bisphénol dans les biberons et autres récipients plastiques, les engrais nitrates… Décidemment, ils n’apprendront jamais rien. Seuls la raison d’état et les lobbyings à coup de millions d’euros n’ont de crédit (sonnants et trébuchants ?) à leurs yeux.
 
 
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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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