TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Les dangers de l’exploitation nucléaire : la synthèse de l’ASEF (Association Santé Environnement France) rassemblant 2500 médecins

L'Association Santé Environnement France, qui rassemble aujourd'hui près de 2 500 médecins en France, est devenue incontournable sur les questions de santé-environnement. Elle travaille sur tous les sujets en lien avec la santé et l'environnement: qualité de l'air, ondes électromagnétiques, biodiversité, alimentation, etc. Dans sa démarche d'information, l'ASEF réalise des études, des enquêtes, organise des conférences, publie des petits guides bio-thématiques et repertorie toute l'actu santé-environnement sur son site internet ! link

 

Les dangers de l’exploitation nucléaire : la synthèse de l’ASEF

5Aujourd’hui, 80% de l’électricité produite en France est d’origine nucléaire. Avec ses 58 réacteurs et 1100 sites renfermant des déchets nucléaires, notre pays est le plus nucléarisé au monde par rapport au nombre d'habitants. Pourtant le nucléaire comporte des risques sanitaires et environnementaux bien réels, comme en témoignent les accidents de Tchernobyl et Fukushima. Mais quelle est la situation en France ? Et quels sont les risques liés à l'exploitation de l'énergie nucléaire ? L’ASEF fait le point sur ce sujet qui alimente le débat entre partisans et ennemis du nucléaire.

   

Le nucléaire…

   

Qu’est-ce que c’est ? A quoi ça sert ?

 

 

Centrales nucléaires françaisesLe terme "nucléaire" vient du latin "nucleus", qui signifie "noyau". L’énergie nucléaire (ou énergie atomique) est produite grâce au phénomène de la radioactivité, c’est-à-dire la transformation de certains noyaux d’atomes. Pour produire de l’électricité, le nucléaire nécessite de l’uranium. Au contact de neutrons, l’un des atomes de ce minerai se brise. On parle alors de "fission", une réaction nucléaire qui libère une grande quantité de chaleur, transformée ensuite en électricité. Dans le monde, 439 réacteurs nucléaires sont en fonction et permettent de produire aujourd’hui environ 15% de l’électricité mondiale.

   

La production d’électricité grâce à la technologie nucléaire génère d’importantes quantités de déchets radioactifs. Il s’agit de matériaux et d’objets qui contiennent des rayonnements pouvant présenter des risques pour l’Homme et l’environnement. En France, les déchets sont classés en 5 catégories, en fonction de leur durée de vie et de leur niveau de radioactivité :

• déchets de très faible activité (TFA) : ils proviennent surtout du démantèlement d’installations nucléaires ou d’industries chimiques ou métallurgiques (ferraille, plastiques, bétons, briques…)

• déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC) : issus de l’industrie électronucléaire ou des laboratoires de recherche (vêtements, outils, filtres…)

• déchets de faible activité à vie longue (FA-VL) : ils proviennent de l’industrie métallurgique ou du démantèlement d’anciens réacteurs nucléaires (fontaines au radium, graphite, paratonnerres…)

• déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) : il s’agit de débris métalliques liés au fonctionnement ou à la maintenance d’installations nucléaires.

• déchets de haute activité (HA) : il s’agit de résidus non réutilisables produits lors du recyclage des combustibles nucléaires (césium, cobalt, curium…). Ils peuvent mettre plusieurs centaines de milliers d’années avant de perdre leur radioactivité.

   

L’histoire du nucléaire

   

La radioactivité naturelle a été découverte en 1896 par Henri Becquerel alors qu’il étudie les rayons X et la fluorescence des sels d’uranium. Lors d’une expérience, ce physicien français stocke ses sels d’uranium phosphorescents dans un tiroir où il a déjà rangé une plaque photographique. Au bout de quelques jours, cette plaque porte la trace d’un rayonnement. La lumière du soleil n’ayant pu intervenir dans cette réaction, il en déduit que ce rayonnement provient de l’uranium. Ses travaux ont été repris par Marie Curie, une physicienne polonaise naturalisée française. Au cours de ses recherches sur de nombreux minerais, elle s’aperçoit que d’autres éléments comme le thorium émettent également des rayonnements. Avec l’aide de son mari, Pierre Curie, elle découvre en 1898 deux éléments radioactifs encore inconnus, le polonium et le radium. Les travaux de Otto Hahn, Fritz Strassmann ainsi que ceux de Lise Meitner et Otto Frisch, des physiciens allemands mettent à jour la fission de l’uranium sous l’effet d’un bombardement de neutrons. Le noyau atomique de l’uranium est désintégré en deux noyaux de plus faible taille, ce qui permet de produire de l’énergie. Au cours de la même année, Frédéric Joliot-Curie, gendre de Pierre et Marie Curie mettra en évidence la réaction en chaine qui permet de produire une quantité d’énergie énorme. L’URSS fut le premier pays à produire de l’électricité nucléaire en ouvrant la première centrale à Obninsk en 1954. Deux ans plus tard, une centrale nucléaire au fonctionnement différent sera construite en Grande-Bretagne.

   

Les risques sanitaires liés à l'exploitation nucléaire

   

Les éléments radioactifs émettent des rayonnements alpha, bêta et gamma. Une forte exposition à ces radiations peuvent provoquent des mutations de l’ADN et entrainer deux types d’effets :

Des effets aigus, directs et immédiats sur les organismes vivants comme, par exemple, des brûlures plus ou moins importantes

Des effets aléatoires, sur le long terme tels que les cancers (thyroïdes, leucémies, etc.)

Les conséquences sur la santé dépendent de la dose reçue, en fonction de l'intensité de la source radioactive, de sa proximité, de la nature des rayonnements émis et du temps d'exposition. Les particules alpha et bêta ne pénètrent pas profondément les organismes et libèrent toute leur énergie de manière localisée. Les rayonnements gamma peuvent pénétrer très profondément et étalent ainsi leur dépôt d’énergie. Au final la dose d'énergie déposé peut être la même mais les impacts seront différents. Pour rendre compte de la nocivité plus ou moins grande des rayonnements à dose absorbée égale, il a fallu introduire une nouvelle unité : le sievert (Sv).

   

La dose au-delà de laquelle un excès significatif de cancers solides (tous types confondus) a pu être mis en évidence à ce jour, a été fixée à 0,1 sievert (100 mSv) par l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire).

 

doses irradiation

   

Les doses de radiation aux différents types d’exposition  

  

Les centrales électriques victimes du changement climatique !


Une étude en juin 2012[7] a démontré que le réchauffement climatique pourrait perturber le fonctionnement des centrales électriques - nucléaires et au charbon - dans les années à venir. Deux paramètres en particulier pourraient les rendre plus vulnérables : l’augmentation de la température de l’eau et la réduction du débit des fleuves qui permettent de refroidir ces installations. Les chercheurs ont mesuré la température actuelle des eaux et effectué des projections jusqu'au milieu du siècle. Ils ont ainsi estimé que les jours où l'eau des lacs et des rivières atteindra des températures considérées aujourd'hui comme extrêmement élevées seront trois fois plus nombreux. La température de l'eau va augmenter, jusqu’à la rendre impropre au refroidissement des centrales électriques. La capacité de production électrique des centrales nucléaires et au charbon devrait alors chuter de 4 à 16 % aux Etats-Unis et de 6 à 19 % en Europe entre 2030 et 2060. Et la probabilité d'une diminution extrême de la production électrique, soit 90%, conduisant à une fermeture totale ou partielle des infrastructures, devrait presque tripler. Par ailleurs, la quantité d’eau nécessaire aux centrales thermoélectriques pour alimenter et refroidir les turbines représente 40 à 50 % de la consommation d’eau douce d’un pays. Mais l’étude a montré que, dans les années à venir, les centrales pourront être amenées à manquer d'eau car selon les projections des experts, de nombreuses rivières verront leur débit diminuer de plus en plus. L'étude précise que plusieurs centrales ont déjà dû réduire leur production en raison d'une ressource limitée en eau durant les sécheresses des étés 2003, 2006, 2009. Une partie de ces travaux est basée sur l’étude de la centrale de Civaux (située près de Poitiers), l'une des plus sensibles en raison de son implantation sur la Vienne, une rivière au débit particulièrement faible par rapport à celui de grands fleuves comme la Loire ou le Rhône. Selon les chercheurs, à Civaux, dans les années 2040, la production pourrait diminuer de 6 % en moyenne l'été par rapport à la période de référence de 1971 à 2000.

 

   

Le nucléaire en France

   

Les centrales nucléaires en France

   

La première centrale nucléaire française conçue pour la production d'électricité a été construite à Chinon, sur les bords de la Loire. Egalement appelée « la Boule », le premier réacteur, Chinon A1, a été mis en service en juin 1963. Sa construction est suivie de celles de Chinon A2 (1965-1985) et de Chinon A3 (1996-1990).

   

Aujourd’hui, la France compte 58 réacteurs répartis sur 19 centrales, construites pour fonctionner au moins 40 ans. Ces centrales sont gérées par EDF et produisent en moyenne 410 milliards de kWh par an.

 

nucleaire en france-fa2ca

   

Que deviennent les déchets radioactifs ?

Depuis 1966, l’établissement de la Hague, en Normandie et exploité par AREVA, retraite annuellement près de 1 700 tonnes de déchets nucléaires de la France, mais aussi ceux de 27 autres pays utilisant de l'énergie nucléaire. Le traitement des combustibles usés consiste à séparer l’uranium et le plutonium des autres produits. L’uranium et le plutonium peuvent ensuite être réutilisés dans les centrales nucléaires sous forme de combustibles. Quant aux autres produits, ils sont conditionnés en colis de déchets.

 

déchet radiactifsLes déchets faiblement radioactifs sont expédiés vers le centre de stockage dans l’Aube, géré par l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs) tandis que les produits plus actifs sont entreposés sur le site dans l'attente d'une solution définitive de gestion des déchets français de haute activité ou dans l'attente de leur retour vers les clients étrangers auxquels ils appartiennent. Les rejets liquides et gazeux de l'usine de La Hague ainsi que le transport des matières radioactives en trains ou en bateaux peuvent présenter des risques environnementaux et sanitaires.

   

Selon l’ANDRA, environ 1 320 000 m3 de déchets radioactifs étaient stockés en France à la fin de l'année 2010. Ce chiffre devrait doubler d’ici à 2030 pour atteindre 2,7 millions de m3.

   

Les incidents nucléaires en France

   

En France, les accidents les plus importants ont atteints le niveau 4 sur l’échelle INES qui va de 0 à 7 (pour en savoir plus, voir plus bas « une échelle est née !»), notamment lors des accidents de 1969 et de 1980 à la centrale de St-Laurent-des-Eaux dans le Loir-et-Cher. Dans la plupart des cas, les accidents sont de niveaux 2 ou 3.

   

En mars 2009, un incident de niveau 2 était survenu sur le site de Marcoule dans le Gard. Selon l'Autorité de Sureté Nucléaire (ASN), cela serait dû à un non-respect de plusieurs exigences de sureté lors de la réception d’échantillon à base d’oxyde de plutonium et d’uranium.

   

Sur le même site, en septembre 2011, une explosion a eu lieu dans un centre de traitement de déchets exploité par la société SOCODEI, filiale d'EDF, faisant un mort et quatre blessés. L'explosion a touché un four servant à fondre des déchets radioactifs métalliques de faible et très faible activité (gravats, gants, combinaison, etc.).

   

Plus récemment, en avril 2012, un réacteur de la centrale nucléaire de Penly (Seine Maritime) a été arrêté automatiquement après deux départs de feu, entrainant une fuite d’eau radioactive dans le circuit primaire du réacteur. L’ASN a classé cet incident en niveau 1 ("anomalie") sur l'échelle INES. Une personne a été légèrement brûlée pendant l'intervention pour éteindre les départs de feu. Selon les examens anthropogammamétriques pratiqués après l'intervention, aucune des 29 personnes entrées dans le bâtiment réacteur pour éteindre l’incendie n'a subi de contamination radioactive. Pour en savoir plus, lisez notre article.

 

fessenheimLe dernier incident en date a eu lieu le 5 septembre 2012, à la centrale nucléaire de Fesseheim dans le Haut-Rhin. Il s’agissait d’un incident d’ordre chimique dû à un dégagement de vapeur d'eau oxygénée produit suite à l’injection dans un réservoir de péroxyde d’hydrogène qui a réagi avec de l’eau. Ce dégagement de vapeur a déclenché le système d'incendie et une cinquantaine de pompiers sont intervenus. Le personnel qui travaillait sur le site de l'incident a alors été évacué et deux employés de la centrale ont été légèrement blessés. Ils ont reçu de l'eau oxygénée sur les doigts, ce qui a provoqué une irritation. Construite en 1977, la centrale de Fessenheim est la plus ancienne centrale de France. Lors de la Conférence Environnementale en septembre 2012, le président François Hollande a annoncé sa fermeture avant la fin 2016.  

   

Cliquez pour en savoir plus sur l’incident de Fessenheim et sur la Conférence Environnementale 2012.

   

En 2012, la Commission Européenne réclamé des contrôles sur tous les types de réacteurs installés dans l'UE - qui compte 147 réacteurs dans 14 pays - et a demandé une analyse des conséquences d'un accident d'avion sur une installation. L'objectif était de vérifier la sécurité des installations en cas de rupture des approvisionnements en électricité, comme cela s'est produit sur le site de la centrale de Fukushima au Japon après le séisme suivi d'un gigantesque tsunami qui a inondé les installations. En octobre 2012, la Commission rendait ses conclusions en publiant un rapport qui chiffre à 25 milliards d'euros les travaux de mise en conformité rendus nécessaires par les contrôles qui ont fait apparaître des "centaines d'insuffisances". Et la plupart des critiques concernent les centrales françaises.

   

Selon le document de travail, qui est consacré à toutes les centrales du parc européen, les 19 centrales françaises manquent d'instruments de mesure sismique, et les équipements de secours en cas d'accident ne sont pas suffisamment protégés. Les tests relèvent aussi des facteurs de risque propres à la France, dans les scénarios extrêmes envisagés par Bruxelles: tremblement de terre, inondations, résistance par conception à des secousses ou à des impacts comme la chute d'un avion. Le Groupe des régulateurs européens dans le domaine de la sûreté nucléaire (ENSREG), qui a mené les tests, a préparé "un plan d'action pour renforcer la solidité des centrales".

   

Les grandes catastrophes nucléaires

   

Lorsqu’on parle de grandes catastrophes nucléaires, on pense tout d’abord à Tchernobyl et Fukushima, deux accidents nucléaires de grande ampleur. Le problème, c’est que les éléments radioactifs ont une durée de vie de plusieurs années. Lorsqu’ils sont rejetés dans l’atmosphère, ils s’accumulent dans les aliments et les sols pendant plusieurs années. Ces accidents nucléaires ont donc des impacts sanitaires et environnementaux à court terme mais aussi à long terme.

   

Tchernobyl

Le 26 avril 1986tchernobyl centrale

   

Cette nuit-là, une explosion d’un des réacteurs de la centrale de Tchernobyl située en Ukraine, à 20km au sud de la frontière avec la Biélorussie, a causé le plus grave accident nucléaire de l'histoire. Au moment de l’accident, quatre réacteurs de la centrale étaient en fonctionnement et les opérateurs de la centrale nucléaire effectuaient un test sur un système de contrôle électrique de l’un des réacteurs.

   

L’explosion s’est produite en raison d'une surpression de vapeur liée à un ensemble de défaillances au niveau de la conception du réacteur et de négligences de la part des opérateurs. Les systèmes de sécurité avaient été désactivés et le réacteur fonctionnait dans des conditions inadéquates et instables. Suite à l'explosion, des débris de combustible nucléaire et des morceaux du réacteur sont rejetés dans l’environnement proche de la centrale. Les poussières, les fines particules (aérosols) et les gaz radioactifs sont projetés à plus d’un kilomètre de hauteur et ont formé un panache radioactif. Entraîné au gré des vents par les masses d’air sur des grandes distances, ce panache a répandu des éléments radioactifs tels que l’iode 131, le césium 134 et le césium 137 sur la plupart des pays d’Europe.

   

Ce n'est que le lendemain matin, le 27 avril que les habitants de la région de Pripyat, Opachichi, Tchernobyl et les villes avoisinantes seront prévenus et qu'on leur donna les premiers comprimés d'iode pour empêcher l'iode 131 de se fixer sur leur glande thyroïde. En effet, l’iode 131 pose un problème sanitaire immédiat. En se fixant sur la thyroïde, il augmente considérablement le risque de cancers.

   

Au cours du printemps et de l’été 1986, 116 000 personnes ont été évacuées de la zone entourant le réacteur de Tchernobyl vers des régions non contaminées. Au cours des années qui ont suivi, 230 000 autres personnes ont été déplacées.

   

Les dépôts radioactifs en Europe

   

Il a fallu des mois avant de mesurer l’ampleur des territoires contaminés. Les dépôts radioactifs les plus importants se sont formés au voisinage de la centrale, sur un territoire devenu une zone d’exclusion, où sont retombés des particules de combustible nucléaire projetées lors de l’explosion. C’est également dans cette zone que sont enfouis ou entreposés des débris ou des matériels contaminés issus des interventions sur le réacteur accidenté. Les particules plus volatiles et plus fines ont été transportées sur de plus grandes distances et ont formés des dépôts radioactifs d’importance variables sur une bonne partie de l’Europe. Ce sont les 3 pays riverains de la centrale (Biélorussie, Ukraine et Russie) qui présentent les dépôts les plus intenses sur de vastes territoires avec des dépôts d’activité pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers, voire dépasser le million de becquerels par mètre carré. En France, c’est principalement l’Est du pays qui reçoit des dépôts radioactifs, beaucoup plus faibles, mais très variables en fonction de l’importance des pluies.

   

La contamination alimentaire

   

Si près de 95% des éléments radioactifs dispersés pendant l’accident ont une période de vie inférieure à un mois, d’autres comme le césium, le strontium et le plutonium restent actifs pendant des décennies, voire des siècles. Les particules radioactives rejetées dans l’atmosphère se sont donc déposées au niveau du sol pour former un dépôt radioactif sur les maisons et les immeubles, mais aussi sur les cultures, et in fine, dans les aliments sur lesquels sont encore retrouvés des éléments radioactifs.

   

Dans les territoires fortement touchés de Russie, de Biélorussie et d’Ukraine, des niveaux élevés de contamination des productions agricoles sont observés en 1986, mais aussi durant les années suivantes. Par exemple, des valeurs élevées de concentration de césium 137 ont été observés jusqu’au début des années 1990, principalement dans la région de Gomel en Biélorussie, où l’on atteint plusieurs milliers de becquerels par litre pour le lait de vache, 1 000 à 5 000 becquerels par kilogramme dans la viande de bœuf ou 1 000 à 2 500 becquerels par kilogramme pour le chou.

   

En France, c’est dans les régions de l’est que les valeurs de contamination les plus élevées sont atteintes dans les productions agricoles et d’origine naturelle. Les valeurs maximales sont mesurées sur le lait de vache et les salades au cours de la première quinzaine de mai 1986.

 

tchernobyl

   

Gammes de valeurs de contamination en césium 137 et iode 131 mesurées au cours de la première quinzaine de mai 1986

   

Au cours des semaines suivant le dépôt radioactif initial, les concentrations en iode 131 et en césium 137 dans les légumes et les produits laitiers diminuent très rapidement sous l’effet de la croissance des végétaux et de la décroissance radioactive pour l’iode 131. La radioactivité a ensuite diminué régulièrement au fil des années.

   

En 2010, la contamination des produits agricoles est 10 à 30 fois plus faible qu’en 1987, et 1 000 à 10 000 fois plus faible qu’immédiatement après les dépôts de mai 1986. Elle diminue désormais lentement au cours du temps.

   

Les conséquences sanitaires

   

Les personnes les plus touchées par cette catastrophe ont été les opérateurs et les pompiers intervenus la nuit du drame, ainsi que chez les personnes impliquées les premiers jours, comme les pilotes d’hélicoptères, et chez les liquidateurs chargés du nettoyage du site et des alentours fortement contaminés. Ainsi, une trentaine de personnes sont décédés dans les quatre premiers mois, en raison principalement des fortes doses reçues responsables de l’apparition d’un syndrome d’irradiation aigue. Ce syndrome est observé à partir de doses supérieures à 1 Gy et se manifeste par des nausées, des vomissements, diarrhée, fièvre, céphalée, érythème (lésion dermatologique).

   

Par la suite, dès le début des années 1990, des médecins pédiatres de Biélorussie et d’Ukraine ont constaté une augmentation importante du nombre de cancers de la thyroïde chez de jeunes enfants. Par exemple, le nombre de cancers de la thyroïde a été multiplié par cent chez les enfants du sud de la Biélorussie[1].

   

Normalement, les cancers de la thyroïde sont très rares chez les enfants : de l’ordre de 1 cas pour un million d’enfants par an. Le diagnostic de quelques cas, simultanément dans plusieurs villes, et sur une courte période, a déclenché l’alerte.

   

Depuis, de nombreuses études[2],[3] sont arrivées à des conclusions comparables : l’augmentation importante des cancers de la thyroïde chez les enfants et jeunes adolescents est due essentiellement aux iodes radioactifs relâchés durant l’accident, l’incidence de ce cancer croissant avec la dose à la thyroïde. Même 25 ans après l’accident, ce sont les enfants exposées aux jeunes âges notamment ceux qui étaient âgés de moins de 10 ans au moment de l’accident, qui continuent à exprimer un risque élevé.

   

Une augmentation de leucémies a également été observée mais il n’a pas été démontré que ce phénomène soit dû à l’accident de Tchernobyl.

   

D’autres études[4],[5] ont mis en évidence des pathologies et effets non cancéreux sur les liquidateurs ou sur les habitants de Belarus, Russie et Ukraine : cataractes, maladies cardio-vasculaires, anomalies chromosomiques, déficits du système immunitaire, effets sur la reproduction, effets psychologiques.

   

En ce qui concerne la mortalité due à l’accident, le bilan reste aujourd’hui incertain, au-delà des victimes dénombrées immédiatement après l’accident. Les chiffres annoncés varient de quelques mille à quelques centaines de mille de morts.

   

En France, les doses reçues par la population en 1986 sont très faibles. C’est plus particulièrement la thyroïde qui est exposée, par ingestion d’iode 131 présent dans les aliments au cours des 3 mois qui ont suivi l’accident. Ce sont les enfants qui ont vécu dans l’Est de la France en 1986, territoire le plus touché par les retombées, qui ont reçu les doses les plus élevées.

   

Une échelle est née !

   

Après l’accident de la centrale de Tchernobyl et afin d’aider la population et les médias à comprendre immédiatement la gravité d’un incident ou d’un accident dans le domaine nucléaire, une échelle de gravité a été créée, semblable à l’échelle de Richter qui informe sur la puissance des tremblements de terre. C’est l’échelle internationale des évènements nucléaires, l’INES (International Nuclear Event Scale). Elle permet de classer les événements nucléaires de 0 ("écart") à 7 ("incident majeur") :

 

irsn echelle-ines modelisation

   

Pour les accidents classés de 0 à 3, on parle d’incident et de 4 à 7, on parle d’accident.

   

L’accident de Tchernobyl a été classé au niveau 7, le plus élevé, sur l’INES.

Un nouveau sarcophage en construction

 

sarcophageEn avril 2012, les autorités ukrainiennes ont annoncé le commencement des travaux d’une nouvelle structure pour mieux isoler le réacteur n° 4 entièrement détruit lors de la catastrophe. Il s’agira d’un nouveau sarcophage étanche, haut de 108 m et long de 162 m qui devra tenir un siècle. Pour contenir la contamination, les restes du réacteur accidenté avaient été recouverts en 1986 d'une chape de béton, mais cette installation, construite dans l'urgence, est fissurée et ne peut pas être considérée comme sûre. Il n'est pas étanche aux intempéries et on estime à 100 m2 la surface des interstices ouverts dans sa structure de béton et d'acier. Il a en outre rapidement montré des signes de fragilité, une menace inacceptable compte tenu des quelque 4 tonnes de poussières radioactives susceptibles d'être propulsées dans l'environnement. Le sarcophage sera assemblé loin de la centrale sur un terrain contigu au réacteur, puis coulissera sur des rails pour venir recouvrir la vieille chape. Les travaux seront effectués par le consortium Novarka, formé par les sociétés françaises Bouygues et Vinci, qui ont remporté l'appel d'offres pour la construction de cette nouvelle structure étanche. Le coût total de l'opération est estimé à 1,5 milliard d'euros. La fin des travaux est prévue pour fin 2015…

   

Fukushima

   

Le 11 mars 2011

   

Ce jour-là, à 14h46, un séisme de magnitude 9.0 se produit à 80 km au large d'Honshu, l’île principale du Japon. Ce séisme est suivi d’un tsunami de plus de 10 m de haut touchant la côte nord-est du Japon et détruisant plusieurs villes côtières. Bilan : au moins 28 000 morts et disparus. Cette catastrophe est à l’origine de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima-Daiichi située à 220 km au nord-est de Tokyo. Quand le séisme survient, les capteurs sismiques ont arrêté automatiquement les trois réacteurs en service de la centrale mais les matériaux radioactifs ont continué à dégager une chaleur résiduelle. La centrale a aussi perdu son alimentation électrique et le tsunami qui atteint la centrale une heure plus tard, a inondé les groupes électrogènes. Ces défaillances ont causé l'arrêt des systèmes de refroidissement de secours des réacteurs nucléaires ainsi que ceux des piscines de désactivation des combustibles irradiés. Le défaut de refroidissement des réacteurs a provoqué des explosions dans trois réacteurs puis d'importants rejets radioactifs.tchernobyl centrale

   

Pour refroidir les cœurs, les autorités ont décidé d’injecter de l’eau de mer et de l’eau douce qui a ensuite été déversée dans le Pacifique. Mais cela n’a pas empêché d'importantes émissions radioactives dans l’atmosphère et dans l’océan, ce qui a provoqué l’inquiétude des pêcheurs mais aussi des pays voisins comme la Chine et la Corée du Sud.

   

Immédiatement après l'accident, le gouvernement japonais a évacué la plupart des habitants d'une zone de 20 km de rayon autour de la centrale et a ainsi forcé une centaine de milliers d'habitants à abandonner leurs maisons. Il a également interdit toute commercialisation des produits agricoles en provenance de cette zone, désormais déclarée « zone interdite ».

   

Les principaux rejets radioactifs (gaz rares, iodes, tellures et césiums) se sont produits entre le 12 et le 25 mars 2011, en une quinzaine d’épisodes dont les plus importants auraient eu lieu avant le 17 mars. Ils ont entrainé une contamination de l’environnement terrestre et marin qui a persisté après la dissipation de la contamination de l’air.

   

Les impacts environnementaux

   

Selon l’IRSN, 24 000 km2 de terre ont été impactées par des dépôts radioactifs, entrainant ainsi la contamination des denrées alimentaires. Les aliments les plus impactées étaient les légumes à feuille tels que les épinards, salades ou poireaux. Les animaux et les produits d’élevages tels que le lait, les œufs ou la viande ont aussi été contaminés, principalement par l’ingestion de denrées elles même contaminées (herbe, foin, eau...).

Thon-rougeLa pollution radioactive en mer provoquée par l’accident a également eu un impact sur les espèces marines, et notamment sur les lançons japonais (anguilles des sables) et les thons rouges. En effet, selon une étude[6] américaine, des thons rouges pêchés en Californie à peine quelques mois après l’accident auraient transporté des matériaux radioactifs du Japon vers la côte Pacifique des Etats-Unis. Les chercheurs ont retrouvé des taux de césium 134 et de césium 137 dix fois plus élevés que dans les thons rouges du pacifique prélevés avant le séisme. Cette étude a démontré que des espèces migratrices sont capables de transporter ce type de pollution sur plusieurs centaines de kilomètres. En savoir plus...

 

Les impacts sanitaires

   

En plus d’avoir été une catastrophe nucléaire et environnementale, Fukushima a aussi été une catastrophe sanitaire, tout d’abord pour les employés de la centrale et ensuite pour les habitants de la région. Les travailleurs, qui ont été le plus le plus exposés aux éléments radioactifs, ont reçu des doses importantes de radioactivité. La dose moyenne reçue entre le 11 mars et le 31 décembre 2011 par ces travailleurs est de 23,53 mSv pour les salariés de TEPCO - Tokyo Electric Power, la compagnie exploitante de la centrale - et de 9,06 mSv pour les salariés des sociétés sous-contractantes. Deux travailleurs sont décédés le 11 mars 2011 des conséquences directes du tsunami et du tremblement de terre, deux travailleurs sont décédés d’un arrêt cardiaque le 14 mai 2011 et le 9 janvier 2012. Un travailleur est décédé d’une leucémie aigüe au mois d’août 2011 et un autre est décédé d’un choc septique le 6 octobre 2011, mais on ne sait pas si ces derniers sont attribuables à une exposition aux rayonnements ionisants. Quant à la population, difficile d’évaluer pour l’instant son exposition mais les autorités sanitaires japonaises ont mis en place des études épidémiologiques afin d’évaluer l’état de santé des personnes qui ont été exposées aux rejets radioactifs et de suivre son évolution au cours du temps.

   

Quatre principales études sont en cours et devraient durer 30 ans...

   

Près de 2 millions de personnes évacués devaient recevoir des dédommagements de TEPCO, parmi lesquels les réfugiés expulsés de la zone de 20 kilomètres de rayon autour de la centrale accidentée. Mais aujourd’hui, très peu d’entre eux les ont reçus.

   

Outre le remboursement de frais occasionnés par l'évacuation forcée, l'opérateur a offert de verser une indemnité pour «souffrances mentales» de 120 000 yens (1 200 euros) par mois, mais exige que les bénéficiaires renouvellent leur demande tous les trois mois, via une procédure longue et complexe. Pour les 1,5 million de personnes en dehors de la zone d'exclusion qui ont vu leurs terres agricoles polluées et leurs commerces fermés, l'opérateur offre une indemnité de 400 000 yens (4 000 euros) pour les femmes enceintes et les enfants, montant auquel s'ajoutent 200 000 yens (2 000 euros) s'ils se sont enfuis volontairement, et seulement 80 000 yens (800 euros) pour tous les autres. Ce versement unique est censé couvrir la période allant de la catastrophe au 31 décembre 2011. La société n'a encore rien prévu pour la suite, mais exige de ceux qui acceptent ces sommes de s'engager à ne pas réclamer d'autre compensation pour cette période.

   

En décembre 2011, la procédure d'"arrêt à froid" des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima, a été menée à bien. Cette procédure signifie que l'eau utilisée pour refroidir le combustible est maintenue sous son point d'ébullition et permet ainsi d'éviter une surchauffe. La température à l'intérieur des cuves des réacteurs est désormais maintenue de façon stable sous 100 °C et les émissions radioactives sont sous contrôle. Mais selon une étude[8] américaine parue en octobre 2012, la centrale de Fukushima continuerait de fuir. Les chercheurs ont analysé des mesures de césium effectuées par les autorités japonaises sur des poissons, des crustacés et des algues prélevés près de la centrale. Environ 40% des poissons pêchés dans les environs de la centrale de Fukushima (nord-est) ne sont pas consommables selon les normes établies par les autorités nippones Les résultats, inquiétants, tendraient à prouver que les taux constatés sont provoqués soit par une petite fuite persistante de la centrale, soit par la contamination des fonds marins.

   

L’accident de Fukushima a été classé au niveau 7 de l’échelle INES. Cela signifie que c’est accident majeur, de gravité de même degré que Tchernobyl. Pour connaitre la réaction du Dr Halimi au lendemain de cette catastrophe, cliquez ici !

   

En septembre 2012 soit 18 mois après la catastrophe, le gouvernement japonais a annoncé l'arrêt progressif de la production nucléaire sur 30 ans !

   

Pour aller plus loin, consultez notre article « Fukushima : un an après, conséquences environnementales et sanitaires ».

   

L’homme met au point des techniques qu’il affirme maîtriser parfaitement, malheureusement certains événements nous prouvent le contraire. Pourtant, de l’électricité, nous en avons besoin… il est donc important que notre façon de produire notre énergie soit discutée de façon transparente afin que nous sachions à quel risques nous acceptons de nous exposer et surtout quelles mesures seront prises en cas de problèmes.

 

Pour télécharger notre synthèse en version PDF, cliquez ici !!!

 


Références bibliographiques :

[1] Institut de radioprotection et de sureté nucléaire, Les conséquences de Tchernobyl pour l'homme et l'environnement.

[2] P. Jacobs et al. Thyroid cancer risk in areas of Ukraine and Belarus affected by the Chernobyl accident. Radiation Research 165, 1-8, 2006

[3] Cardis E, Kesminiene A, Ivanov V, Malakhova I, Shibata Y et al., Risk of thyroid cancer after exposure to I131 in childhood. J. Natl. Cancer. Inst. 2005, May 18; 97. (10): 724-732

[4] G. S. Bandazhevskaya, V. B. Nesterenko, V. I. Babenko, I. V. Babenko, T. V. Yerkovich, Y. I. Bandazhevsky . Relationship between Caesium (137Cs) load, cardiovascular symptoms, and source of food in “Chernobyl” children – preliminary observations after intake of oral apple pectin. SWISS MED WKLY 2004;134:725–729

[5] Ivanov V K, Maksioutov M A, Chekin S, Kuglova Z G, Petrov A V, Tsyb A F. (2000) Radiation epidemiological analysis of incidence of non-cancer diseases among the Chernobyl liquidators. Health Physics 78, 495-501.

[6] Madigan DJ, Baumann Z, Fisher NS., Pacific bluefin tuna transport Fukushima-derived radionuclides from Japan to California. Proc Natl Acad Sci U S A. 2012 Jun 12;109(24):9483-6.

[7] Michelle T. H. van Vliet, John R. Yearsley, Fulco Ludwig, Stefan Vögele, Dennis P. Lettenmaier Pavel Kabat, Vulnerability of US and European electricity supply to climate change, Nature Climate Change, Published online 3 June 2012.

[8] Ken O. Buesseler, Fishing for Answers off Fukushima, Science, 26 October 2012: Vol. 338 no. 6106 pp. 480-482

 

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