TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Le bois, une énergie coopérative

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En France, une douzaine de sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) fournissent à de petites chaufferies du bois de proximité issu de l’entretien des haies ou des forêts locales. Leur développement se heurte cependant à la concurrence des grands opérateurs.

 

Ces dernières années, des coopératives de bois-énergie fournissant les chaufferies rurales ont vu le jour en France. Aujourd’hui, on en dénombre une douzaine. Ces SCIC(1) ont la particularité de réunir dans leur capital différents acteurs d’un territoire ayant des intérêts communs à développer une filière bois de proximité : les collectivités locales, les fournisseurs de bois-énergie (agriculteurs ou forestiers), les consommateurs, les salariés de la SCIC et les partenaires apportant leur soutien.


La plus ancienne est la SCIC Bois Bocage Énergie (B2E), créée en 2006 dans l’Orne. Partie avec une vingtaine d’associés coopérateurs, elle en compte aujourd’hui 163, dont 22 collectivités locales (intercommunalités, communes, parcs naturels régionaux). Depuis le départ, les objectifs n’ont pas varié. Tout d’abord, il s’agit de produire localement du bois-énergie pour les petites chaufferies selon un mode de gestion durable, et de fournir ainsi une énergie abordable aux collectivités et particuliers des zones rurales. Ensuite, en donnant une valeur économique au bois de bocage, la SCIC permet le maintien des haies sur les exploitations agricoles et la préservation du paysage. Enfin, elle renforce l’emploi en zone rurale.


La SCIC B2E fournit 2 500 t/an de bois à 54 chaudières, dont 26 appartenant à des collectivités (30 à 540 kW). En six ans, son aire d’activité s’est largement étendue puisqu’elle intervient maintenant sur l’Eure-et-Loir, le Loir-et-Cher et la Sarthe, en plus de l’Orne. Sa vocation à fournir un combustible de proximité se traduit par un nombre élevé de plates-formes (huit dans des communes, quatre chez des agriculteurs). « Au lieu de construire quelques stockages de grande taille qui obligent à transporter le combustible sur de grandes distances et compliquent la régularité d’approvisionnement, nous préférons proposer un réseau de plates-formes de 300-400 tonnes à proximité des chaufferies », indique Laurent Nevoux, responsable technique de la SCIC B2E.


Les plates-formes sont louées aux collectivités adhérentes qui calent la location sur l’emprunt qu’elles réalisent. C’est pour elles une opération “blanche” qui facilite l’implantation d’une nouvelle plate-forme.


Marché de petites chaufferies


La coopérative vend la plaquette bocagère environ 100 €/t à 20 % d’humidité, livrée en benne. Ce tarif est plus élevé que ceux pratiqués par les scieries ou par les recycleurs de palettes. Mais avec ses 3 c€/kWh, il reste inférieur à toutes les autres formes d’énergie : 7 c€/kWh pour le gaz naturel, 5 pour le granulé de bois, 9 pour le fioul et 12 pour l’électricité. D’ailleurs, la SCIC a su trouver son marché. Explications de Laurent Nevoux : « Tout d’abord, les scieurs ne peuvent pas stocker la plaquette pour la sécher, ce qui les empêche de fournir les petites chaufferies, ensuite la hausse de la consommation de bois-énergie crée une demande pour des ressources plus chères à mobiliser. »


De son côté, la SCIC Haute Mayenne Bois Énergie, créée en 2008 (50 sociétaires, 3 plates-formes, 2 000 tonnes vendues en 2011), a intégré des scieurs parmi ses fournisseurs. Toutefois, le taux de connexes de scierie fixé au départ à 50 % a été largement revu à la baisse. « Les petites chaufferies demandent une granulométrie très homogène, le bois des industriels est trop grossier », précise Karine Amelot, chargée de développement de la SCIC. De façon collective, la décision a donc été prise de passer ce taux à 10 %. Trente agriculteurs livrent les différentes plates-formes pour fournir 16 chaufferies allant de 10-12 kW à 400 kW (réseau de chaleur de Goron).


Dans les Côtes-d’Armor, la SCIC ENR Pays de Rance observe aussi une complémentarité entre les différents fournisseurs de bois-énergie. « Nous travaillons en partenariat avec l’industriel Bois 2R dont la logistique permet d’approvisionner les gros projets mais dont le combustible ne convient pas aux petites chaufferies », souligne Jérémy Dauphin, gérant de la SCIC. D’ailleurs, les prix finaux du combustible seraient, à humidité égale, souvent voisins : autour de 100 €/t (pour 20 % d’humidité).


Diversification des activités


Toutefois, cette philosophie de partenariat ne se retrouve pas partout. La B2E vient en effet de perdre son plus gros client, la maison de retraite de Chanu dans l’Orne (540 kW, 300 tonnes de bois), située à seulement 500 mètres de l’une de ses plates-formes. L’appel d’offres a été remporté pour quelques euros par... Bois 2R, situé lui à 300 kilomètres de là. « La perte de ce marché met en péril la filière, les agriculteurs sont à nouveau tentés d’arracher les haies, nous devons convaincre et diversifier nos activités », indique Laurent Nevoux. Parmi les nouvelles activités envisagées, la SCIC songe au bois bûche, comme l’a fait la SCIC ENR Pays de Rance (2 000 stères/an). En effet, dans le Pays de Dinan, de très nombreuses résidences secondaires du littoral sont chauffées au bois bûche. ENR Pays de Rance, qui a eu l’opportunité de racheter le fonds de commerce d’un adhérent, leur propose un bois local, avec des garanties de qualité : gestion durable du boisement, taux d’humidité certifié, volumes livrés contrôlés, travail déclaré (alors qu’une grande partie du bois bûche provient du travail au noir). « Le bois est plus cher mais les particuliers voient qu’il est plus calorifique », indique Jérémy Dauphin, chez qui le bois bûche représente un tiers du chiffre d’affaires. Un autre tiers provient des activités d’animation et de sensibilisation des collectivités à l’intérêt du bois-énergie comme mode de chauffage et outil de développement local. Enfin, le dernier tiers est lié à la replantation et à l’entretien de haies dans le cadre du programme régional Breizh Bocage (bloquer la migration des polluants agricoles vers les rivières grâce au maintien des haies). Le bois déchiqueté vendu pour l’énergie reste encore très minoritaire dans l’activité.


La question de l’équilibre financier se pose pour toutes les SCIC car elles commercialisent peu de volumes. C’est pourquoi Haute Mayenne Bois Énergie compte augmenter les volumes travaillés pour atteindre 5 000 tonnes sur l’ensemble du département de la Mayenne : « Plus on mobilise de volumes, moins les charges pèsent dans le prix final à la tonne. » Cependant, il semble difficile pour ces structures de s’agrandir beaucoup, car elles se tournent alors vers un marché de moyennes puissances et deviennent directement concurrentes des grands groupes d’approvisionnement. C’est ce que constate Picardie Énergie Bois, qui a vendu 15 000 tonnes en 2011 mais vise 110 000 t/an à partir de 2014. « Nous avons de vraies difficultés car les groupes ne respectent pas la logique de territoire, il faut créer un minimum de charte de valeurs », indique Pierre Sachse, directeur environnement du conseil régional de Picardie, à l’initiative de la SCIC. Il semble pourtant improbable que les filiales d’approvisionnement de Dalkia et de Cofely entrent dans une telle démarche. Leur vocation principale est bien de fournir du bois aux chaufferies des collectivités. Pourquoi céderaient-elles la place à tel ou tel opérateur ? La seule solution serait de rédiger les appels d’offres afin de favoriser la dimension “aménagement du territoire” de la SCIC. Pas simple.

 

Par Juliette Talpin

 

Article : Observ'er de mai 2012

 


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