TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

La Chine, un leader inattendu sur le marché des énergies renouvelables

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Lors du Sommet de Copenhague en 2009, la Chine avait énoncé une série de mesures environnementales qu’elle ne souhaitait pas voir négociées. Suite à ce sommet en demi-teinte, le pays dû faire face à quelques critiques de la communauté internationale, en particulier de l’Europe. Et pourtant. Ces objectifs environnementaux, qu’elle refusait de revoir à la hausse, soulignant le paradoxe des pays occidentaux à ne pas lui accorder le « droit » de polluer autant qu’eux, ont été depuis largement revus lors du plan quinquennal de 2011. Pourquoi un tel revirement de situation?

 

Tout d’abord, le pays doit gérer une forte croissance économique gourmande en ressources énergétiques. Entre 1991 et 2011, la croissance a été de près de 10% par an. En matière d’électricité, les centrales thermiques représentent aujourd’hui 70% de la production. Pour satisfaire les besoins non seulement de l’industrie, mais aussi des ménages, la consommation de charbon a doublé depuis l’an 2000. Les gisements de cette source d’électricité très polluante s’épuisent, bien que le pays demeure en possession des plus grandes réserves mondiales. La croissance économique transformant les modes de vie, les ménages chinois s’équipent de plus en plus. S’ils ne représentaient que 3% de la consommation d’électricité du pays en 1980, en 2007 ils en représentaient 11%.

 

Les autres énergies fossiles sont également au cœur des préoccupations énergétiques, la Chine cherchant à réduire sa dépendance aux importations de gaz et de pétrole (50% du pétrole utilisé est importé, augmentant avec l’accroissement phénoménal du parc automobile). Pour Liu Hanyuan, PDG du fabriquant de panneaux solaires Tong Wei Group, « La Chine doit changer sa dépendance au charbon et au pétrole brut vers une énergie propre. L’énergie solaire en particulier peut être une solution ». Conscient de ces enjeux, le gouvernement travaille depuis quelques temps déjà à une restructuration de son mix énergétique. Le barrage des Trois Gorges a ainsi été mis en activité en 2006, fournissant aujourd’hui près de 10% de l’électricité du pays. Et ce sont plus de 200 millions de foyers qui étaient déjà équipés de chauffe-eau solaires en 2008.

 

Les évolutions gouvernementales face à l’ensemble de ces défis sont désormais probantes. Le pays se positionne pour tirer profit du marché lucratif que représentent les énergies propres, autant sur son territoire qu’à l’international. En s’ouvrant à ces nouvelles sources, la Chine est le plus grand marché de « green business », avec un potentiel d’installation encore peu exploité. Les industries déjà bien développées alimentent les marchés domestiques, en plus de s’implanter de manière parfois agressive à l’étranger. Aujourd’hui, 7 des 15 premiers fabricants de panneaux solaires sont chinois, fournissant à eux seuls 51% de la demande mondiale (comme nous l’évoquions sur le webmag en décembre dernier). L’éolien se développe également, et vient de pénétrer le marché européen puisque deux éoliennes de facture chinoise ont été installées en mars 2012, à Tjurhojden, dans la ville suédoise de Molkom. Ces deux turbines de 3MW devraient produire 15 000 Mwh/an et ainsi subvenir aux besoins de 3000 foyers.

 

Un pas de plus a donc été franchi début 2011, lorsque le gouvernement a inscrit dans son plan quinquennal une subvention de 300 milliards d’euros pour les énergies propres et durables. La démarche semble actée et a déjà été lancée : en 2010, le pays installait sur son territoire 50% des nouvelles capacités éoliennes mondiales, passant à 42GW, et dépassant les Etats-Unis en la matière. Le premier objectif est une réduction de 15% de l’utilisation des énergies fossiles d’ici 2020, soit 235GW produits par des sources renouvelables dans les 5 ans à venir. Cet objectif devrait être rempli en augmentant la capacité d’énergie éolienne (42GW aujourd’hui) de 70GW, celle d’énergie solaire (625MW) de 5GW, celle d’énergie hydraulique (210GW) de 120GW, et enfin celle d’énergie nucléaire (11GW) de 40GW. De plus, afin d’inciter les investisseurs, le gouvernement souhaite subventionner les branches du secteur automobile spécialisées dans les véhicules hybrides ou électriques. Enfin, avec la création en février 2012 du Centre pour les Énergies Renouvelables (CNENR), chargé de développer des stratégies et des programmes de recherche, le gouvernement ne cache plus son désir de « décarboner » progressivement son économie. En 2040, 40% du mix énergétique chinois pourrait être issu de sources renouvelables.

 

Face à cette mobilisation encourageante, quelques ombres demeurent. Le réseau électrique notamment, globalement obsolète. Pour l’instant, la majorité des champs d’éoliennes se trouvent dans le désert de Gobi et ne peuvent être raccordés au réseau principal. En outre, la subvention de 300 milliards d’euros ne semble pas convenir aux Etats-Unis et à l’Union Européenne, qui ont tous deux porté plainte pour protectionnisme auprès de l’OMC. Nul doute qu’en plus de griefs évidents (les industries occidentales verront leur marge de manœuvre se réduire d’autant), une petite « jalousie » est perceptible de la part des Etats occidentaux, à voir la Chine évoluer si rapidement sur le marché des énergies renouvelables.

 

http://www.efficacite-electrique.fr/2012/04/la-chine-leader-inattendu-marche-energies-renouvelables/

 

 

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Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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