TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Europe : L'urgence de la transition énergétique par Alain Ricaud

  Accélérer la transition énergétique aiderait l’Europe à la  fois  à  faire  face  aux  changements climatiques et  à sortir de la crise actuelle.  En  effet,  au  cours  des  12 dernières années, sa dépendance énergétique n’a cessé d’augmenter : de 73% à 84 % pour le pétrole, de 48% à  65%  pour  le  gaz  naturel,  de  38%  à  62%  pour  le charbon.  Quelques  réserves  prouvées  d’Uranium  en Allemagne, en République tchèque et en Roumanie ne représentent que 3% de la consommation des centrales nucléaires des 27. Donc pas plus d’indépendance de ce côté-là !


Les   énergies   renouvelables   produites   localement (Hydraulique,  PV,  Eolien,  Biomasse),  bien  qu’elles aient bondi de 60% en 12 ans, n’entrent qu’à hauteur de  12%  dans  la  consommation  énergétique finale  des 27. L’objectif de 20% pour dans huit ans va être très dur  à  atteindre.  Sur  le  plus  long  terme,  d’après Greenpeace,   à   condition   de   réduire   la   demande d’énergie de 40% d’ici 2050, le gisement d’ENR sur le continent    pourrait    satisfaire    92%    des    besoins énergétiques.


La  hausse  du  prix  correspondant  ne  serait  pas  un problème  majeur  pour  l’économie  européenne  prise dans son ensemble : elle correspondrait à un transfert de    richesse    entre    les    consommateurs    et    les producteurs,  certains  d’entre  eux  étant  d’ailleurs  les mêmes     (autoconsommation     photovoltaïque     par exemple).


Mais  c’est  loin  d’être  le  cas,  puisque  l’importation d’énergie n’a cessé d’augmenter. En effet, malgré une consommation   globale   orientée   à   la   baisse   ces dernières    années    (1 703    Mtep    en    2011    pour 1 711 Mtep  en  1999),  la  décrue  de  la  production d’énergies fossiles sur le territoire est si rapide que la dépendance vis-à-vis de l’extérieur s’accroît fortement. Associée au renchérissement de l’énergie (+100% en 16   ans   alors   que   l’indice   général   des   prix   n’a augmenté  que  de  40%  sur  la  même  période),  cela  a une traduction terrible dans la balance des comptes : en  1999  les  27  avaient  importé  pour  84  milliards d’euros d’énergie (1% du PIB) et en 2011, on en était à 488 milliards (4% du PIB). Sachant en outre qu’un emploi  « coûte »  30 000 €/an en  moyenne,  le  déficit énergétique de l’Europe représente l’équivalent de 16 millions   d’emplois,   alors   que   l’union   compte   23 millions de chômeurs…


Il   y   a   donc   urgence   à   accélérer   la   transition énergétique  pour  trois  bonnes  raisons :  lutter  contre les    dérèglements    climatiques,    rééquilibrer    notre commerce extérieur, et créer des emplois locaux. Or en cette période de crise, cette évidence ne fait plus partie du langage courant des chefs d’états.


A l’heure de la victoire de François Hollande que je salue, je formule le vœu que notre nouveau président de la République qui a tant voulu le changement, et la relance de l’activité dans toute l’Europe, mette en œuvre dans les trois premiers mois de son mandat les modalités de la transition énergétique pour la France. Passer de 75 à 50 % d’énergie nucléaire en 2025, c’est un  vrai  challenge !  A  consommation  constante,  c’est 130   TWh   d’énergie   électrique   qu’il   faut   trouver ailleurs :  avec  en  2011  seulement  15%  (75  TWh) d’électricité  produite  à  partir  de  renouvelables  (la grande hydraulique : 60 TWh, l’éolien terrestre : 11, le PV : 2,  et  la  biomasse : 2),  nous  sommes  en  France très loin du compte.


alain-ricaud-BEPOS.jpgC’est donc un énorme chantier qui se profile pour les 13  ans  à  venir :  il  y  faudra  une  vision  et  un  plan  de bataille.   Il   ne   s’agit   pas   seulement   de   fermer Fessenheim : il faut envisager la suite.


Remarquons enfin, que les grandes crises peuvent faire faire  des  prouesses :  il  n’est  que  de  voir  comment après  la  catastrophe  de  Fukushima,  un  seul  des  54 réacteurs  du  Japon  est  resté  en  activité,  sans  pour autant ramener les japonais à l’ère de la bougie. Les 6 GW  dont  la  région de  Tokyo a  appris à  se  passer en seulement  trois  mois  représentaient  5  réacteurs.  Le processus d’arrêt du dernier réacteur actif au Japon a débuté le 5 mai, réduisant à néant la part de l’énergie nucléaire dans l’électricité japonaise.


Sous  différents prétextes,  les  allemands,  les  suisses et les japonais nous montrent que fermer 20 réacteurs en 13 ans, n’est pas une utopie. Peuples pragmatiques, ils nous  ouvrent la  route. A  nous  de  ne  pas  nous laisser enfermer dans l’idéologie d’un autre âge.


AR, Editorial de La Lettre du Solaire de mai 2012 (voir le site de Cythelia).


Retour à l'accueil

Partager cet article

À propos

Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
Voir le profil de Transition Energétique sur le portail Overblog

Commenter cet article