TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Nicolas Hulot, bien accueilli et très attendu sur les dossiers écologiques

L’arrivée du médiatique leader écologiste à la tête du ministère de la transition écologique et solidaire suscite beaucoup d’espoirs et quelques interrogations.

Comme pour célébrer une transition ministérielle réussie et un beau coup politique pour Emmanuel Macron, le soleil a accompagné les premiers pas de Nicolas Hulot en tant que ministre de la transition écologique et solidaire, mercredi 17 mai. Pas l’ombre d’un nuage pendant la cérémonie de passation des pouvoirs organisée au ministère de l’écologie, boulevard Saint-Germain, à Paris. La figure imposée de la transmission de témoin entre la sortante et l’entrant aura été, il est vrai, de courte durée.

Traversant d’un pas rythmé la cour fleurie de l’hôtel de Roquelaure, l’ancien animateur de télévision s’est d’abord engouffré dans le bâtiment, où l’attendait Ségolène Royal. Quelques minutes plus tard, les deux personnalités, qui ont appris à s’apprivoiser pendant la préparation de la conférence climat, la COP21, en décembre 2015, ont rejoint le perron, accompagnées de Barbara Pompili, l’ex-secrétaire d’Etat à la biodiversité.

Echange d’amabilités

Tenue verte de circonstance, sur tapis vert, l’ancienne présidente de la COP21 s’est dite rassurée de savoir que le ministère « difficile et passionnant » dont elle a eu la charge pendant trois ans allait demeurer « en de bonnes mains ». Elle a rappelé les cinq principaux chantiers accomplis sous son mandat : la loi de transition énergétique pour une croissance verte ; la loi sur la biodiversité ; la signature et l’adoption de l’accord de Paris sur le climat ; le chantier de l’eau et de la mer ; les enjeux de lutte contre les pesticides, les néonicotinoïdes et les lobbys qui cherchent à remettre en cause tous ces acquis.

« J’ai été de ceux qui exigent, c’est sans doute plus facile que d’être du côté de ceux qui réalisent, a enchaîné Nicolas Hulot. Vous avez mené des combats difficiles. Vous avez été une ministre exceptionnelle car vous avez compris le combat que nous défendons, cette cause magnifique, qui nous dépasse. Nous menons la bataille de l’esprit, afin de donner du sens au progrès. Il s’agit du ministère du futur, du vivant, de la biodiversité et de la solidarité. »

L’échange d’amabilités reflète le ton de la première journée de Nicolas Hulot dans son nouveau costume ministériel. La nomination du militant écologiste, propulsé numéro trois du gouvernement d’Edouard Philippe, a été dans l’ensemble bien perçue. A l’exception notable de Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, qui a accueilli la nouvelle de la nomination de M. Hulot comme un « crève-cœur » et dénoncé un « premier ministre nucléariste », les réactions ont été prudentes. Premiers concernés, les écologistes font un peu la moue et, tout en disant vouloir « l’accompagner avec bienveillance », ainsi que l’a déclaré David Cormand, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, ils craignent qu’il serve de « trophée » à Emmanuel Macron, selon le mot de Cécile Duflot.

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Si la figure écologiste, habituée à refuser toute proposition ministérielle, a accepté cette fois l’offre du président Macron, c’est parce que celle-ci lui permet de « ne pas choisir entre la gauche et la droite, analyse Pascal Canfin, directeur général France du WWF et ancien ministre délégué au développement au début du quinquennat de François Hollande. Cela a toujours été compliqué pour Hulot de s’affilier à un camp politique. Or en ce moment, les lignes bougent beaucoup ».

Signal positif

Les chantiers prioritaires de Nicolas Hulot ministre ? Le premier débute très vite et concerne la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat. « Dès le G7 fin mai en Sicile, puis au G20, Nicolas Hulot va accompagner le président de la République dans la construction d’un leadership français en matière d’action climatique. Avec son expérience de la COP21, il a toute la légitimité pour le faire, explique Pascal Canfin. En juin devrait intervenir la préparation des états généraux de l’alimentation et de l’agriculture. Si Hulot parvient à une participation forte des Français sur ce dispositif, au-delà du cercle des agriculteurs et de la FNSEA, on peut espérer des avancées notables sur notre modèle alimentaire et agricole. »

Passation des pouvoirs au ministère de l’écologie entre Ségolène Royal et Nicolas Hulot, en présence de Barbara Pompili, le 17 mai.

Passation des pouvoirs au ministère de l’écologie entre Ségolène Royal et Nicolas Hulot, en présence de Barbara Pompili, le 17 mai.

Pour autant, le périmètre de son ministère et ses attributions doivent encore être définis. Il « devra être précisé pour s’assurer qu’il intègre les leviers essentiels pour la lutte contre les changements climatiques que sont le logement, l’énergie ou encore les transports », juge le Réseau Action Climat. Même attente à France Nature Environnement (FNE), qui salue en Nicolas Hulot « un homme de conviction, issu de la société civile, qui a déjà beaucoup œuvré pour faire connaître l’urgence écologique ».

Le CLER - Réseau pour la transition énergétique insiste aussi sur la question des moyens : « Sans moyens adaptés, le ministère de la transition écologique ne sera qu’un ministère de façade : il ne permettra pas à notre pays de saisir les opportunités sociales, économiques et environnementales que nous offre la transition énergétique. » De son côté, la Ligue pour la protection des oiseaux d’Allain Bougrain-Dubourg fête un « homme convaincu et convaincant ». Cette nomination est « un signal positif adressé à la communauté scientifique, aux associations de protection de la nature ».

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« Incontestable légitimité »

Alors, véritable chance pour l’écologie ou coup politique d’Emmanuel Macron à la veille des législatives ? « Par-delà l’incontestable légitimité acquise par Nicolas Hulot par des années d’engagement en faveur de la transition écologique, c’est bien la politique menée qui déterminera si cette nomination n’est pas qu’un “coup” médiatique adressé au peuple de l’écologie », estime Stéphane Kerchove, d’Agir pour l’environnement.

Les ONG soulignent encore la nécessité que ces préoccupations écologiques ne restent pas isolées dans le futur gouvernement. « Nous souhaitons retrouver un Etat stratège et cohérent qui intègre la transition dans toutes ses actions, notamment par le biais de ses participations actionnariales (EDF, SNCF…), de ses politiques publiques (notamment les formations professionnelles) », développe FNE. La fédération cite ainsi le ministère de l’agriculture et de l’alimentation, qui « aura un rôle majeur pour mettre en place la transition vers l’agroécologie et faire en sorte que les états généraux de l’alimentation annoncés permettent de rendre accessible à tous une alimentation plus durable et saine ».

Quant à la Fondation pour la nature et l’homme, portée sur les fonts baptismaux par Nicolas Hulot, elle « prend acte » de la démission de son président. L’assurant « de son amitié et de ses encouragements », la fondation tient à rassurer sur son « indépendance » dans ses futures missions de plaidoyer ou de mobilisation. « On soutient le pari fait par Nicolas Hulot de peser de l’intérieur. Il a un rang ministériel de ministre d’Etat qui lui permet d’intervenir sur tous les sujets », résume encore Pascal Canfin.

Vraie marge de manœuvre ?

Même les acteurs du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes, partisans et opposants, affichent leur satisfaction. Pour Françoise Verchère, figure de proue des opposants au nouvel aéroport et porte-parole du Cédpa (Collectif d’élus doutant de la pertinence du projet d’aéroport), la nomination est « plutôt porteuse d’espoir ». « Nous allons lui envoyer immédiatement le dossier que nous venons de terminer sur la consultation biaisée, en juin dernier, donnant la victoire aux partisans du transfert de Nantes-Atlantique vers Notre-Dame-des-Landes », assure Françoise Verchère.

Alors qu’il avait toujours exprimé son opposition à ce projet, Nicolas Hulot avait dit mi-avril accepter et reconnaître « avec tristesse » le résultat de ce scrutin départemental. « Nous espérons que la fameuse médiation promise par Emmanuel Macron nous permettra de rouvrir les dossiers sur le coût réel de l’optimisation de l’actuel aéroport, le problème du bruit, ou encore la nature des sols à Notre-Dame-des-Landes et la question de la compensation », ajoute Françoise Verchère. « Si Nicolas Hulot a accepté, c’est qu’il a dû négocier une vraie marge de manœuvre sur les dossiers environnementaux, dont Notre-Dame-des-Landes », espère-t-elle.

De l’autre côté, les partisans du nouvel aéroport expriment aussi leur confiance. Pour le Syndicat mixte aéroportuaire (SMA) du Grand Ouest, regroupant les collectivités locales qui financent le projet, Nicolas Hulot « a fait preuve d’un esprit de responsabilité en se déclarant favorable à l’application du résultat de la consultation ». Pour le SMA, « la volonté unie du nouvel exécutif devrait permettre de débuter les travaux d’ici six mois ».

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