TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

L’autoconsommation ou l’avenir des renouvelables

L’autoconsommation ou l’avenir des renouvelables

Une ordonnance du Sénat du 15 février autorise désormais l’autoconsommation. Nous pouvons aujourd’hui consommer ce que nous produisons avant de vendre le surplus. Pour le journaliste et conférencier Frédéric Denhez, notre façon d’utiliser et produire de l’électricité, via les énergies renouvelables, va naturellement changer. Interview.

En quoi l’autoconsommation est-elle une révolution dans notre façon de consommer l’électricité ? 

C’est une double révolution. D’abord parce qu’en autoconsommant, on s’individualise, on devient adulte et on en termine avec cette forme d’infantilisation qui est celle du réseau électrique et du schéma de l’approvisionnement énergétique en France où l’on a une bonne mère, la centrale nucléaire, qui envoie à ses enfants via de la haute tension de l’électricité. Il y a donc une responsabilisation de l’individu et une décentralisation de fait qui contredit le schéma capétien archi centralisé. Et deuxièmement, l’autoconsommation change notre façon d’appréhender l’énergie car si elle est bien faite, cela revient à consommer ce que nous produisons. J’appelle ça le syndrome du tas de charbon. J’ai connu mon arrière grande tante qui se chauffait au charbon, dans le Nord. Quand elle avait froid, elle me demandait d’aller pelleter le charbon. Et par conséquent je mesurais le degré supplémentaire au mal de dos que j’avais ! Eh bien l’autoconsommation, c’est une peu pareil : une nouvelle façon de matérialiser ce qu’est un kilowattheure qui n’a aujourd’hui plus de substance. C’est créer un lien psychologique avec l’énergie. Je consomme ce que je produis et, immédiatement, je fais attention. Il n’y a pas de meilleure façon d’économiser l’énergie que de consommer ce que l’on produit.

Les énergies renouvelables sont donc au cœur de cette nouvelle façon de consommer !

Cela change en effet la donne car on arrive à l’essence même de l’intérêt d’avoir des énergies renouvelables. Jusqu’à présent, on avait intérêt à vendre au plus haut l’électricité qu’on avait produite pour ensuite la racheter pour l’utilisation personnelle à un prix bas. Du coup, les panneaux photovoltaïques posés sur les toits étaient plus des placements financiers et du coup déconnectés de l’intérêt d’avoir des énergies renouvelables et de les consommer. Cela nous apprend, dès lors que nous les consommons directement, à consommer moins. Il y a donc un double bénéfice : le développement des énergies renouvelables et la baisse de la consommation désormais dans un cadre réglementaire.

Autoconsommer c’est bien, mais seul peut-on vraiment y arriver ? Ne faut-il pas se regrouper pour un meilleur rendement ?

Inévitablement ! Les particuliers ne pourront pas produire autant qu’ils n’ont besoin quand bien même ils consommeraient moins. L’intérêt est de produire ensemble, c’est à dire via des panneaux photovoltaïques posés sur plusieurs toits. Cela a d’ailleurs été notifié dans un cadre réglementaire par le Sénat en février. Je note qu’il existe des sites Internet qui permettent de faire un cadastre énergétique pour voir, si l’on parle de solaire, où l’on peut repérer les gisements potentiels en fonction de l’orientation et l’inclinaison des toits. Ceci se fait non pas à l’échelle d’une maison mais d’un quartier, d’un hypermarché ou d’un toit de ferme.

Le compteur Linky va-t-il booster l’autoconsommation ?

À mon avis oui même si effectivement, avant, nous pouvions toujours installer un compteur entrant et un autre sortant. C’était lourd à mettre en place et cher. La vraie révolution, avec Linky, c’est que la doctrine a changé en France. Auparavant, si nous pouvions autoconsommer et autoproduire, c’était un micmac administratif et la plupart des gens renonçaient. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus simple et autorisé légalement. L’État accepte qu’il n’y ait pas qu’EDF qui puisse produire de l’électricité. C’est un changement politique majeur. Le compteur Linky devient ainsi le symbole de cette décentralisation et responsabilisation du citoyen.

Ce compteur, qui va compter les électrons qui rentrent et qui sortent de la maison, va faciliter l’autoconsommation et la gestion du réseau par le gestionnaire du réseau qui saura, en temps quasi réel, l’état du réseau. Sans cela, on ne peut pas avoir de libéralisation du marché au sens de la démultiplication des acteurs. Il ne peut pas y avoir d’énergie renouvelable sans autoconsommation. Et il ne peut pas y avoir d’autoconsommation à l’heure actuelle sans compteur Linky. Cette nouvelle démocratie environnementale est assise sur un autoritarisme de la transparence, même si tout cela sera anonymisé. C’est un mal pour un bien.

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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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