TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Dans les Bouches-du-Rhône, Provence Energie Citoyenne souhaite remettre en service une centrale hydroélectrique

Dans les Bouches-du-Rhône, Provence Energie Citoyenne souhaite remettre en service une centrale hydroélectrique

À Velaux, une projet citoyen souhaite remettre en service une centrale hydroélectrique installées sur l'Arc. L'équipement doit être entièrement rénové pour pouvoir à nouveau produire de l’électricité. Après rénovation, l'ancien moulin doit permettre l'approvisionnement de l'équivalent de 150 foyers

Le moulin Marie-Thérèse, situé sur la rive de l’Arc à Velaux dans les Bouches-du-Rhône, s’apprête à redevenir une centrale hydroélectriques sous l’impulsion d’Enercoop PACA.

La Marie-Thérèse, construite en 1510 par le seigneur Esprit de Rousset a tour à tour servi à fabriquer de l’huile et à moudre le blé. Après la Seconde guerre mondiale, il a servi au broyage de pierres, issues de la carrière des Quatre Termes de La Fare-les-Oliviers. “Des gravillons jusqu’au talc”, explique Jean-Marie Salignon, le propriétaire du moulin. Pendant vingt-deux ans, de 1990 et jusqu’à une ultime panne en 2012, celui-ci a fait tourner la centrale électrique que son oncle avait aménagée dans cet ancien moulin.

Si le projet de réhabilitation en est encore à ses premiers pas, ses porteurs sont convaincus qu’ils arriveront à trouver les fonds nécessaires pour réparer la centrale et lui permettre de fournir du courant. Ce qui serait une première dans la région pour une opération sur une centrale hydroélectrique, pays où les parcs photovoltaïques ont déjà pris de l’avance.

Une pale cassée

“En 2012, quand la centrale est tombée en panne, j’ai dit “je jette l’éponge”, regrette Jean-Marie Salignon. J’arrivais en fin de contrat avec EDF, qui me rachetait l’électricité. Il fallait faire aussi des modernisations, je n’en avais pas les moyens et plus l’âge.” Tout est resté tel que son oncle l’avait construit dans les années 60. La turbine Kaplan de l’époque, à axe horizontal, a perdu une de ses pales. La même année, Enercoop, fournisseur d’électricité et promoteur des énergies renouvelables, l’appelle. “Nous voulions lui acheter son électricité. Quand il nous a dit que la centrale ne fonctionnait plus à cause de travaux à effectuer, nous lui avons proposé de l’aider en fédérant des citoyens autour de ce projet”, se souvient Jérôme Lelong, responsable du pôle production à Enercoop PACA.

L’entreprise amorce alors l’affaire, en organisant sur place des réunions à partir de 2014. La même année, une étude de réhabilitation est financée par le département. Aujourd’hui, une entreprise dénommée Provence Energie Citoyenne vient d’être constituée pour réunir les premiers souscripteurs.

À terme, la petite unité hydroélectrique devrait produire 500 mégawattheures (MWh) par an soit l’équivalent de la consommation de 150 foyers. C’est le président de la nouvelle société, Denis Hoarau, qui mène désormais la visite guidée. “Nous avons déjà vendu 192 parts, ce qui fait un capital de 19200 euros” se réjouit le Velauxien, qui est par ailleurs élu municipal d’opposition. Pour porter le projet, le petit groupe a choisi une société par actions simplifiées en écartant l’idée d’une coopérative. Il en a en revanche conservé l’esprit participatif. “Nous voulions être en capacité d’attirer financièrement des investisseurs, explique-t-il. Le mode de gouvernance que nous avons choisi – un actionnaire une voix – est en revanche très proche de celui des coopératives”. “Tiens, j’ai un bon de plus qu’il faut que je te donne”, glisse en passant le propriétaire Jean-Marie Salignon à son voisin. Parmi les premiers associés se trouvent bien sûr le propriétaire des lieux, des salariés d’Enercoop PACA et l’entreprise en tant que telle mais aussi quelques élus dont le maire divers gauche Jean-Pierre Maggi.

L’opération a fait la une du journal municipal en mars, avec la présentation de l’appel à financement. “Nous avons eu beaucoup de monde lors des premières journées portes ouvertes il y a quelques semaines”, se félicite Denis Hoarau. Pour comprendre l’ampleur des travaux à effectuer, mais aussi le potentiel du site, il tient à aller jusqu’au seuil qui précède le moulin. L’eau est amenée à l’ancien moulin par un canal de 650 mètres. Elle passe ensuite par un dégrilleur, une grille inclinée qui sert de filtre pour s’engouffrer sous le bâtiment. La turbine en soi n’est pas visible car immergée, l’eau rejoint ensuite le cours de la rivière après être ressortie sous la vieille bâtisse. “On n’arrivait plus à trouver les pièces pour réparer”, commente Jean-Marie Salignon face au pupitre électrique. En France, 2500 petits équipements de ce type voisineraient avec les barrages hydroélectriques. 

600 000 euros d’investissement

Le coût de cette remise en service est assez important. “De 300 000 à 600 000 euros en fonction de ce que l’on choisit de faire, explique Denis Hoarau. La solution technique va être décidée ce mois-ci. Le plus simple serait de remettre en service l’existant mais se pose le problème des nuisances sonores et des vibrations pour les habitants de la propriété. On pourrait aussi mettre plusieurs petites turbines, une grosse aurait du mal à tourner s’il y a peu d’eau”. Jean-Marie Salignon tempère : “Ça a du m’arriver deux ou trois fois quand je l’exploitais de devoir arrêter la centrale faute d’eau.“ Mais cette année, l’Arc est particulièrement basse. La solution la plus chère serait d’installer une vis sans fin, une turbine en longueur souvent utilisée dans les réaménagements des moulins. “L’avantage, ajoute le président de la société, c’est qu’avec ce système, plus besoin de dégrilleur pour les feuilles. Et les poissons migrateurs, dont les anguilles, peuvent passer”.

Cette deuxième option nécessiterait une restructuration du local mais demande moins d’entretien. Une certitude, tout sera automatisé. “C’était une autre de mes conditions, défend Jean-Marie Salignon qui deviendra donc loueur avec un bail longue durée. Sinon, quand il y a de gros orages, vous êtes sûr de passer la nuit debout”. Pour le début de l’exploitation, les fondateurs de la société imaginent un système de bénévolat pour l’entretien : “Nous sommes huit administrateurs compétents techniquement”, précise Denis Hoarau. On est très loin du gigantisme technique et humaine des grands barrages des Alpes. Une fois la solution technique arrêtée, le projet se lancera dans la véritable campagne de financement avec notamment l’espoir d’un prêt bancaire. Surtout, il est déjà inscrit sur la plateforme Énergie Partagée, qui regroupe les projets citoyens d’exploitations dans les énergies renouvelables. En plus des souscriptions ainsi récoltées, le projet espère obtenir des subventions auprès des collectivités, principalement la région et le conseil départemental.

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La Ville de Velaux quant à elle, si elle accompagne dans sa communication le projet, s’interroge toujours sur un éventuel coup de pouce. “Ce n’est pas exclu, explique Jean-Luc Rouby, conseiller municipal chargé de l’environnement à la mairie. Nous en discutons en interne. Cela pourrait être plutôt l’intercommunalité ou le syndicat mixte d’énergie des Bouches-du-Rhône. A mes yeux, la subvention ne serait pas la solution idéale. L’investissement [en capital] permettrait d’avoir un retour financier.”

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Un projet citoyen

Les enjeux climatiques, environnementaux et économiques liés à l’énergie sont de plus en plus importants. Nos modes de production et de consommation énergétique ne sont pas durables et la hausse des prix de l’énergie notamment électrique est une menace pour les plus démunis. Une évolution en profondeur du système actuel de production et de consommation d’énergie est nécessaire.

Les énergies fossiles et nucléaire, à cause de leurs impacts sur l’environnement (climat, déchets radioactifs etc.) et de leur épuisement programmé, appartiennent au passé. La réduction de nos consommations et le développement des énergies renouvelables sont maintenant incontournables.

Les investissements publics dans la filière nucléaire et la politique des tarifs d’achat des énergies renouvelables (EnR) ne permettent pas aujourd’hui la mise en place d’un réel programme de développement des énergies renouvelables, malgré les ambitions affichées. Et pourtant, la transition énergétique est déjà en marche, en particulier à l’initiative des territoires et acteurs locaux.

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Enercoop, seul fournisseur coopératif d’électricité renouvelable, a pour ambition de redonner la main aux citoyens, localement, sur les questions d’énergie. C’est pour cela qu’Enercoop PACA accompagne, depuis 3 ans, le projet de réhabilitation de la centrale de la Marie-Thérèse, maintenant porté par la société Provence Énergie Citoyenne.

Ouverture de l’obligation d’achat

En parallèle, Enercoop a obtenu l’ouverture de l’Obligation d’Achat, mécanisme d’État de soutien aux énergies renouvelables, historiquement géré par EDF.

L’obligation d’achat est un mécanisme mis en place afin de soutenir le développement des énergies renouvelables. Il prévoit, pour les nouvelles installations de production, des contrats d’achat à prix garantis, à des tarifs élevés et sur des durées longues, ce qui permet aux producteurs d’investir et de rentabiliser leurs projets. Les acheteurs sont ensuite compensés par l’État du surcoût entre le tarif subventionné et le prix de marché, via la CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité), une taxe prélevée sur la consommation d’énergie des ménages.

Enercoop premier opérateur agréé

Enercoop est récemment devenu le premier opérateur à être agréé pour reprendre à EDF la gestion de ces contrats. Provence Énergie Citoyenne pourra donc valoriser localement sa production d’électricité renouvelable auprès des consommateurs d’Enercoop, tout en bénéficiant des tarifs d’État.

Enercoop, premier organisme agréé pour la gestion des contrats d'obligation d'achat d'électricité renouvelable

La transition est en marche !

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Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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