TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Photovoltaïque : nouveau regard d'un ingénieur CGT plutôt habituée à promouvoir le nucléaire que les énergies renouvelables

Photovoltaïque : nouveau regard d'un ingénieur CGT plutôt habituée à promouvoir le nucléaire que les énergies renouvelables

Le magazine OPTIONS édité par la CGT à l’intention des ingénieurs, cadres et techniciens, fait la part belle ce mois-ci à l’énergie solaire, avec un article de Guillaume Razongles, « embauché depuis six ans à la recherche technologique au CEA à Grenoble et adhérent à la CGT depuis trois ans ». Cette publication est une première pour la centrale syndicale, plutôt habituée à promouvoir le nucléaire que les énergies renouvelables.

Décidément, après la position de Ségolène Royal qui déclarait, il y a peu que le solaire générerait « 1000 fois plus de chiffre d’affaire que le nucléaire » ou encore d’Emmanuel Macron qui sur Enrope1 considérait que l’énergie serait dans le futur « maitrisée grâce au digital et décentralisée », l’article de la CGT montre que les lignes sont en train de bouger…

Voici l’article de Guillaume Razongles paru dans « Options », le journal complet est téléchargeable ci-dessous.

« Depuis 2011, l’Europe a vu sa production et ses installations de modules photovoltaïques (PV) chuter, pourtant le marché mondial a crû de 20 %/an et le coût de l’électricité PV est passé de 21 à 8 c€/kWh, la rendant ainsi compétitive sur des marchés de plus en plus larges. A la veille de la Conférence Climat de la COP21, portons un autre regard sur cette énergie d’avenir.

Dans le photovoltaïque (PV), la baisse des coûts a été si rapide que les régulations des tarifs d’achats incitatifs sont souvent venues trop tard pour maîtriser les effets d’aubaines qui ont provoqué de très nombreux dégâts collatéraux. Du coup, le PV est montré du doigt pour avoir fait grimper des factures d’électricité en Europe.

Pourtant, le PV a de nombreux atouts pour le mix élec­trique du futur, preuve en est les nombreux investissements dans le monde. Pour notre fédération, historiquement fortement ancrée dans le nucléaire, il est désormais temps de revenir sur plusieurs idées reçues.

Le PV possède, en effet, un certain nombre d’atouts …

  • Le photovoltaïque est renouvelable, faiblement carboné, avec un faible temps de retour énergétique. Son recyclage est sans obstacles techniques majeurs et son approvisionnement est peu enclin à provoquer des tensions géopolitiques.
  • Ses coûts chutent continument depuis 40 ans et de nombreuses marges de progrès sont encore très clairement identifiées par tous les professionnels du domaine (sciage au fil diamant, diminution de la quantité de matériaux nécessaires, meilleure intégra­tion aux produits de construction,…). Par ailleurs, il est environ 50 fois plus efficace que la photosynthèse.
  • On peut le déployer à peu près partout sur la planète, pour des particuliers comme des grandes entreprises, depuis le mW pour la calculette jusqu’à la ferme solaire de plusieurs GW, en passant par les kW des toitures et ce, de manière très rapide (en général moins d’un an).
  • Il rend le citoyen plus proche de la problématique énergétique en devenant producteur/consommateur.
  • Il ne contient pas de pièces en mouvement, n’émet ni bruit ni odeur et ne nécessite que très peu d’entre­tien.
  • La ressource solaire est variable mais prévisible à quelques % près et ce, de façon compatible avec les besoins des réseaux électriques (prévisions de 1 jour à 30 min).
  • Avec une part limitée dans le mix énergétique, il impacte peu le réseau et les besoins de stockage (par exemple l’Allemagne qui possède 40 GW de PV, et 40 GW d’éolien a encore peu de batteries raccordées au réseau).
  • Comme d’autres énergies renouvelables, le PV génère environ 2,5 fois plus d’emplois que les énergies non-renouvelables pour une production identique.
  • Son déploiement accélère la diminution du bilan carbone du mix, car sa production maximale en mi­lieu de journée correspond au pic de consommation européen, donc les centrales thermiques diminuent (ou arrêtent) leur production, ce qui leur fait écono­miser du combustible et de l’usure matérielle mais impacte leur rentabilité annuelle, les rendant ainsi d’autant moins compétitives que les renouvelables. Ce cercle est vertueux car il coïncide avec la raréfac­tion des ressources fossiles.
  • Tout système PV installé est un rempart pour son opérateur contre les augmentations futures, et toute voiture électrique est une batterie de plus qui peut faciliter la gestion du réseau et la pénétration du PV dans le mix énergétique (une ombrière de parking solaire soulage la demande d’électricité réseau pour 15 à 20 000 km/an).

… mais présente aussi plusieurs inconvénients

  • À partir d’un certain taux de pénétration du PV dans le mix, cela nécessite certains aménagements du réseau. De par sa variabilité été-hiver et jour-nuit, il contraint le réseau à devenir encore plus flexible : adaptation des tarifs horaires, besoin de fortes capaci­tés de back-up thermiques et sollicitation des capaci­tés de stockage hydraulique ou de stations d’hydro­lyse.
  • Le PV diminue les bénéfices des opérateurs tradi­tionnels en faisant augmenter le coût d’exploitation des centrales thermiques.
  • Facile à déployer, décentralisé, le solaire pourrait faciliter la privatisation du marché de l’énergie et accroître les inégalités entre ceux qui pourront inves­tir et les autres.
  • La gestion des renouvelables peut devenir un enjeu politique national, car étant susceptible de se déployer à petite échelle, il va à l’encontre de la logique de ser­vice public nationalisé et centralisé.

Les effets d’aubaines passés ont engendré d’importants dégâts collatéraux

  • D’abord sur le prix du kWh. En France, 1 % de l’électricité est d’origine PV mais cela pèse 4 % dans la facture d’électricité. C’était bien un investissement pour l’avenir, puisque désormais son prix est proche du prix du marché pour les grandes installations.
  • L’effet bulle ensuite. Dans de nombreux pays, on a pu voir le même genre de scénario: un déploiement exponentiel, une hausse de la facture… puis une législation drastique, un éclatement de la bulle et le licenciement de nombreux professionnels.
  • Etouffement des autres énergies solaires : de par les tarifs de rachat, le PV a été plus rentable que le solaire thermique. De nombreux particuliers sensibles à l’éco­logie et/ou à leurs porte-monnaie n’ont fait qu’un seul investissement PV, laissant de côté les panneaux thermiques pour l’eau chaude sanitaire et pour le chauffage au sol, détruisant ainsi de nombreux emplois dans cette filière complé­mentaire.
  • Bouc émissaire : montré du doigt pour ces excès du passé, le PV a plus de difficultés à faire valoir ses atouts et à bénéficier des perspectives de déploie­ment intelligent qui répondraient aux besoins futurs.

Les perspectives sont mondiales mais aussi européennes pour l’industrie

En dix ans, l’Asie du sud-est est passée de 5 % à 75 % de la production mondiale de modules photovoltaïques : l’industrie occidentale, moins compétitive, a beaucoup souffert, mais reste innovante. La recherche européenne, éparpillée et avec moins de débouchés industriels, a elle aussi du mal à rivaliser avec les armées d’ingénieurs asiatiques du privé.

Ces deux dernières années, en regard de ces énormes perspectives, plusieurs projets d’usines de modules à très haut rendement apparaissent tout de même en Europe.

En France, Photowatt-EDF a choisi de rester sur des amé­liorations basiques avec peu de prise de risque, mais le CEA vient de signer avec l’équipementier Suisse Meyer- Burger un partenariat prometteur qui pourrait permettre à l’industrie européenne de rester présente et perfor­mante au niveau mondial.

Il faut toutefois rappeler que les cellules et les modules PV, mêmes chinois, ne concernent que 5% des emplois de la chaîne de valeur, là où l’installation des modules et leur entretien, non-délocalisables, en concernent 70%.

Le mix énergétique : une solution qui doit s’adapter aux évolutions

Nous devons peser sereinement les avantages et incon­vénients de chaque politique énergétique en termes de coût social, environnemental, en termes d’emplois créés et d’emplois détruits ou à reclasser. En dehors des débats qui déchaînent des passions stériles, et à la veille de la Conférence Climat, jamais le besoin de scénarios éclairés et bien documentés n’a été aussi fort pour que notre mix énergétique soit le plus durable possible pour demain et après-demain et après-demain.

Guillaume Razongles, 32 ans, ingénieur de recherche au CEA Grenoble, expert en caractérisation des modules photovoltaïques.

Je travaille depuis six ans au CEA, à la direction de la Recherche technologique, après une expérience au CNRS. Je suis adhérent à la CGT depuis trois ans.

Je trouve que la politique de défense exclusive de l’atome freine le bon développement du solaire. Tout en étant soucieux de ne pas casser les emplois, je suis favorable à un mix énergétique compatible avec l’écologie et l’économie à moyen et long terme.

Je considère que la filière solaire a de nombreux atouts et mérite, comme les autres éner­gies, un développement intelligent. Je veux enterrer la hache de guerre entre les experts du solaire et du nucléaire. C’est la motivation de ma contribution à Options : pour un débat apaisé et éclairé.

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Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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