TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

L’italien Enel lance sa révolution verte. Les fossiles et le nucléaire sont dépassés.

L’italien Enel lance sa révolution verte. Les fossiles et le nucléaire sont dépassés.

La photo en dit long sur le chemin parcouru par le géant italien Enel, une des bêtes noires des écologistes de la Péninsule. On y voit son patron, Francesco Starace, serrer la main du directeur exécutif de Greenpeace, le Sud-Africain Kumi Naidoo. Tout sourire, comme deux vieux complices, en ce jour de mars, à Rome. « Entre Enel et Greenpeace, la paix est maintenant déclarée », ose le quotidien La Repubblica.


Fini, ces longues années où le groupe, fort de ses 75 milliards d’euros de chiffre d’affaires et de ses 61 millions de clients dans quarante pays, était traîné en justice par l’ONG, qui accusait les centrales au charbon d’Enel de causer chaque année la mort prématurée de centaines d’Italiens. Greenpeace reconnaît que le groupe transalpin est en bonne voie pour devenir « le premier géant vraiment vert de l’énergie ».


Une démarche avant tout financière


« C’est mon objectif », confirme au Monde M. Starace, de passage à Paris pour des rencontres en marge de la Conférence mondiale sur le climat. Quelques heures plus tôt, ce mardi 8 décembre, il s’est engagé, avec 113 autres patrons de multinationales (Ikea, Procter & Gamble, Wal-Mart, Sony…), à fixer dans les deux ans des objectifs – chiffrés et vérifiés par des organismes indépendants – pour limiter à 2 °C le réchauffement climatique. Une simple confirmation, puisque Enel en avait pris l’engagement avant la COP21.


Ingénieur nucléaire de formation, M. Starace dirigeait depuis six ans Enel Green Power, la filiale des énergies renouvelables (ENR), quand il a été nommé à la tête du groupe en avril 2014. Il lui a fait prendre un virage stratégique. « Il faut sortir de la production d’électricité émettrice de CO2, assure t-il. Mais nous sommes face à des demandes contradictoires : produire et distribuer de l’électricité ; proposer le meilleur prix et émettre le moins de carbone possible. »


Près de 40 % de la production d’Enel vient déjà de l’éolien, de l’hydraulique, du solaire et de la géothermie. Il prévoit de passer à 50 % dans quatre ans et d’atteindre le « zéro carbone » en 2050. L’une de ses premières décisions a été de programmer l’arrêt définitif de vingt-trois centrales utilisant les énergies fossiles d’ici à 2019 dans la Péninsule. Sur ces 13 000 mégawatts (MW), 8 000 MW ont déjà été arrêtés. « C’est la moitié de notre parc de production en Italie », souligne M. Starace, tout en admettant que la démarche est économique avant d’être écologique : ces centrales sont déficitaires.


Impératif catégorique


Il reste que le dirigeant a la conviction que les énergies fossiles n’ont plus d’avenir pour produire de l’électricité. Même si le gaz peut être, selon lui, un outil de la transition énergétique d’ici à 2025. Il ne croit guère non plus au captage-stockage du CO2 associé aux centrales au charbon, technologiquement maîtrisé mais financièrement ruineux. Et pas davantage au nucléaire, massivement rejeté par les Italiens lors du référendum de juin 2011. « Il est trop risqué d’investir des milliards d’euros dans de grosses centrales nucléaires ou au charbon dont la construction prend cinq à dix ans et qui sont mises en service alors que l’environnement a changé », plaide-t-il. Une stratégie opposée à celle d’EDF, qui prévoit de renouveler tout ou partie de ses 73 réacteurs nucléaires en France et au Royaume-Uni.


Le patron d’Enel préconise un changement radical du modèle économique des grandes « utilities ». « Il faut construire beaucoup plus de centrales, mais de plus petite taille », assure-t-il. Pour appuyer sa stratégie de développement des énergies renouvelables, il va réintégrer, en 2016, Enel Green Power – créée en 2008 et introduite en Bourse en 2010 – dans le giron de la maison mère. Sur les 18 milliards d’euros d’investissements de croissance prévus dans les cinq ans, la moitié ira aux ENR, un tiers à la numérisation du réseau (compteurs intelligents, smart grids [les réseaux intelligents de distribution d’électricité]…) et le reste aux autres énergies (thermique et hydraulique).


Les ENR sont devenues économiquement vertueuses. « Les subventions, c’est fini ; elles sont très compétitives, tranche-t-il. Au Brésil, l’éolien est moins cher que le gaz et le charbon. » S’inscrire dans le sillage des évolutions technologiques est aussi un impératif catégorique. « La numérisation est un complément indispensable aux ENR, et il faut digitaliser les réseaux électriques, ajoute M. Starace. Avec les renouvelables et les smart grids, il y a beaucoup d’innovation et de flexibilité. » Quinze ans après une première vague qui avait fait de l’Italie le leader mondial dans ce domaine, Enel va déployer de nouveaux compteurs « intelligents » pour optimiser la production et la consommation d’électricité.


Aux avant-postes d’un bouleversement « inévitable »


Le patron d’Enel veut que son groupe soit aux avant-postes d’un « inévitable » bouleversement du paysage énergétique. Entre l’effondrement de leur capitalisation boursière et la forte dépréciation d’actifs comme les centrales thermiques, les compagnies européennes ont perdu des centaines de milliards d’euros depuis la fin des années 2000. Toutes ont pris le virage des ENR et des smart grids, plus ou moins hardiment, et selon des modèles différents.


EDF reste un cas unique, avec 75 % de production électrique d’origine nucléaire. Mais le groupe va céder des centrales au charbon et doubler de taille dans l’éolien et le solaire en Europe à l’horizon 2030. L’espagnol Iberdrola a, comme l’opérateur français, rapatrié ses ENR un temps filialisées.


L’allemand E.ON s’est scindé en deux pour ne garder que les énergies « propres », les réseaux et l’efficacité énergétique, cantonnant ses centrales « sales » dans une société ad hoc ; son compatriote RWE s’apprête à faire de même.


Quant à Engie (ex-GDF Suez), qui a déprécié 15 milliards d’euros d’actifs dans les sources fossiles en 2014, il veut devenir le « leader européen de la transition énergétique ».

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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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