TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Couverture complète des besoins énergétiques aux Etats-Unis à partir d’énergies renouvelables en 2050

Couverture complète des besoins énergétiques aux Etats-Unis à partir d’énergies renouvelables en 2050

Une étude publiée le mardi 9 juin dans la revue Energy and Environmental Science laisse entrevoir la possibilité d’une couverture complète des besoins énergétiques aux Etats-Unis à partir d’énergies renouvelables à l’horizon 2050.

La recherche menée par l’équipe de Mark Jacobson, Professeur d’ingénierie civile et environnementale à l’Université de Stanford, propose pour chaque état américain un scénario de transition énergétique réaliste aussi bien techniquement qu’économiquement, qui prenne en compte les ressources actuelles et les capacités de chaque territoire [1]. Tous les Etats ne sont aujourd’hui pas au même stade quant à l’intégration des énergies renouvelables au réseau. Pour autant, l’étude affirme qu’ils pourront tous atteindre les 80% d’énergies renouvelables d’ici 2030, puis 100% en 2050.

Couverture complète des besoins énergétiques aux Etats-Unis à partir d’énergies renouvelables en 2050

L’ensemble des scénarii proposés par l’étude exclut l’utilisation de l’énergie nucléaire et de l’énergie fossile, plus coûteuses que les énergies renouvelables et occasionnant trop de rejets de gaz à effets de serre. 62.000 décès dus à la pollution de l’air pourraient alors être évités, selon ces nouveaux résultats. La transition énergétique pourrait également avoir un réel impact sur la société civile et sur le chômage. Les emplois créés dans le secteur des énergies renouvelables compenseraient largement les pertes dues à la fermeture des mines de charbon et le démantèlement des centrales nucléaires. Au niveau de l’économie, les énergies renouvelables ont également le vent en poupe : leur prix ne cesse de chuter et la demande est en constante augmentation.

Une révolution technologiquement réalisable

L’étude de Mark Jacobson fait écho à un rapport [2] publié en juin 2015 par le Brattle Group, entreprise d’expertise et de conseil, et commandé par The Advanced Energy Economy Institute en réponse aux commentaires de la North American Reliability Corporation (NERC) qui estimait au début de l’année que le Clean Power Plan de l’administration Obama pourrait menacer la sécurité énergétique du pays en favorisant l’utilisation des énergies renouvelables. Ce rapport démontre qu’il est aujourd’hui possible d’intégrer massivement sur le réseau électrique américain les énergies renouvelables sans que cela nuise à la fiabilité et la sécurité énergétique. Il s’appuie pour cela sur les exemples de l’opérateur Electric Reliability Council of Texas (ERCOT), dont 10% des besoins électriques sont couverts par l’énergie éolienne, et de l’entreprise XCel Energy Colorado, qui reçoit en moyenne 20% de son énergie grâce à l’énergie éolienne, avec des pics à 40%.

Selon le Brattle Group, la prochaine étape est donc de bien penser les investissements sur le long terme dans chaque état des Etats-Unis. L’objectif d’utiliser exclusivement des énergies renouvelable dès 2050 nécessite le développement de plusieurs outils, comme par exemple des modèles plus fiables de prédiction du vent et du stockage d’énergie à grande échelle.

Mark Jacobson estime que cette révolution ne pourra pas se faire sans une volonté politique forte. Selon lui, la solution doit passer par les Etats eux-mêmes, à qui il a été demandé à travers le Clean Power Plan de mettre en place des solutions innovantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des énergies existantes.

En France, l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) a publié en avril 2015 un rapport fournissant des recommandations sur la manière dont le pays pourrait avoir 100% de son énergie provenant de l’énergie verte d’ici 2050 [3]. Un objectif réaliste selon l’ADEME, puisque le rapport estime le potentiel de production d’énergies renouvelables à 1268 Terrawattsheure (TWh) quand la consommation se situe entre 406 et 487 TWh. Le scénario proposé par l’ADEME implique l’implantation de 46000 nouvelles éoliennes terrestres, 5000 éoliennes de mer et de nombreuses centrales solaires au sol. Ces installations modifieraient alors grandement le territoire et le paysage français. L’acceptation des citoyens pourrait donc n’être que partielle. L’ADEME propose un scénario alternatif dans lequel les centrales solaires au sol et les champs d’éoliennes terrestres occuperaient une place mineure pour intégrer au mix énergétique l’énergie houlomotrice (générée par les vagues). L’exploitation de cette dernière est cependant plus chère, ce qui impliquerait une hausse du coût annuel de l’énergie d’environ 6%.

En France comme aux Etats-Unis, l’implication des gouvernements et l’adhésion des citoyens seront des éléments essentiels pour atteindre cet objectif. La Chine s’est elle aussi fixé l’objectif ambitieux d’une production d’énergie à 60% renouvelable, avec une part de 85% pour la production d’électricité, d’ici 35 ans [4].

Sources :

AUX ÉTATS-UNIS, LA BATAILLE AUTOUR DES ÉNERGIES SOLAIRES FAIT RAGE

En cinq ans, le nombre d'emplois lié au solaire a bondi de 86% aux États-Unis. Ce secteur pèse désormais deux fois plus lourd que celui du charbon. Même Apple et Google ont choisi d'y investir massivement. Ce qui ne convient pas du tout aux énergéticiens historiques, qui n'hésitent plus à faire du lobbying anti-solaire.

Au jeu du "Qui misera le plus sur le solaire", Apple a tiré le premier. La firme à la pomme a investi 850 millions de dollars dans une ferme solaire géante en février dernier.

Mais l’avance a été de courte durée. Quelques jours plus tard, Google dégainait à son tour en versant 300 millions de dollars dans un fonds géré par SolarCity, le leader américain de l'installation de panneaux solaires. Des investissements qui illustrent la santé étincelante de l'énergie solaire aux États-Unis.

Un secteur soutenu par la Maison Blanche

Ce boom du solaire profite directement à l'économie américaine, dont le taux de chômage a déjà de quoi faire pâlir les Européens. Selon la dernière étude de The Solar Foundation, une association qui défend les intérêts du secteur, un emploi sur 78 créés l’année dernière aux États-Unis était lié au solaire. Et au cours des cinq dernières années, le nombre d'emplois dans le secteur a bondi de 86%. En 2015, il devrait encore créer 36 000 postes. Signe que les temps changent : aux États-Unis, le solaire représente désormais presque deux fois plus d'emplois que le charbon.

L'administration Obama soutient sans détour le secteur. Un seul chiffre pour s'en convaincre : au cours des cinq dernières années, coupe budgétaire oblige, les subventions fédérales au secteur de l'énergie dans son ensemble ont chuté de 23%. Mais quasiment dans le même temps, le budget pour le seul solaire a quintuplé. Il dépasse désormais les cinq milliards de dollars, selon un rapport commandé par le Congrès.http://www.eia.gov/analysis/requests/subsidy/.

Pour les particuliers et les commerçants, le dispositif "Investment Tax Credit" ou ITC, permet d'obtenir une déduction fiscale de 30% pour une installation solaire. En place depuis 2006, il a "sans aucun doute alimenté notre succès phénoménal", reconnaît Rhone Resch, président du SEIA, l'association des professionnels du solaire.

Mais une première difficulté émerge déjà pour le secteur : l'ITC doit disparaître sous sa forme actuelle à la fin 2016. Sans certitude pour l'instant sur ce qui pourrait le remplacer. "C'est notre plus gros défi. Il va falloir qu'à Washington, démocrates et républicains [désormais majoritaires au Sénat, NDLR] s'accordent sur une politique énergétique qui tourne la page du siècle des énergies fossiles, pour se tourner vers les énergies renouvelables", prévient Andrea Luecke, de The Solar Foundation.

Les énergéticiens fossiles contre-attaquent

Le second motif d'inquiétude pour les tenants du solaire tient à l'offensive menée par les fournisseurs d'énergie traditionnels. Pour Scott Peterson, dont l'organisation Checks and Balances Project surveille l'influence des lobbyistes pro-énergies fossiles sur les politiques environnementales, il ne fait aucun doute qu'ils ont "mis en place un plan d'attaque national contre le secteur solaire".

Leur cible prioritaire, ce sont les commissions qui régulent la distribution d'électricité dans chaque État. Ces organes publics sont censés défendre les intérêts des consommateurs, mais ils sont bien souvent phagocytés par les fournisseurs d'énergie privés. Illustration de leur influence : dans une vingtaine d'États au total, un habitant dont la maison est équipée de panneaux photovoltaïques doit désormais payer une cotisation supplémentaire s'il veut revendre son surplus d'électricité.

"En Arizona, les partisans du solaire ont cru avoir gagné la partie parce que cette cotisation n'était que de 5 dollars par mois mais il y a déjà une proposition sur la table pour monter à 50 ou 100 dollars", s'inquiète Scott Peterson. Et pour préparer cette nouvelle bataille, de mystérieux démarcheurs ont fait du porte-à-porte pour tenter de trouver des témoignages de riverains... déçus par le solaire. Les associations écologistes les ont vite identifiés comme des membres de Taxpayers Protection Alliance. Officiellement, le but de ce groupe est "d'informer le public sur les conséquences économiques des décisions gouvernementales". "Ils sont directement liés aux frères Koch", assène de son côté Scott Peterson.

Les frères Koch en tête de pont

Avec leur empire construit au départ sur le raffinage du pétrole, Charles et David Koch détiennent aujourd'hui la sixième fortune des États-Unis. Deux frères qui préfèrent rester dans l'ombre, mais qui comptent parmi les principaux argentiers des républicains les plus conservateurs, capables de dépenser des millions pour faire barrage notamment aux législations environnementales.

Leur dernier combat en date se déroule en Floride. Dans "l'État du soleil", les particuliers n'ont pas le droit de revendre le surplus d'électricité produit par leurs panneaux, ce qui freine le développement du secteur.

Des écologistes demandent l'organisation d'un référendum en 2016 pour modifier la loi. Face à eux, le lobbyAmericans for Prosperity, l'une des associations soutenues précisément par les frères Koch. Les défenseurs des énergies fossiles "n'ont aucune chance de gagner à long terme cette bataille contre le solaire" promet Scott Peterson, "mais à court terme, ils vont tout essayer tout enrayer sa progression".

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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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