TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Sortir de l'affrontement de négaTEP versus négaWatt (et réciproquement) et passer à l'approche "Solar Electron Economy"

 Sortir de l'affrontement de négaTEP versus négaWatt (et réciproquement) et passer à l'approche "Solar Electron Economy"

Le débat énergétique français a consisté jusqu’à présent dans l’affrontement de deux camps.

  • D’un côté le camp de l'association négaWatt, dont l’approche anti-nucléaire (à mon avis parfaitement justifiée au regard des problèmes que pose cette énergie non durable) a conduit à chercher à réduire le recours à l’électricité pour préférer les solutions à base de biomasse solide, liquide et de biogaz.
  • De l’autre côté le camp de l'association « Sauvons le nucléaire (climat) » (dont Jean Marc Jancovici fait partie) avec l’approche négaTEP (Tonnes équivalent pétrole), dont le nom a été choisi en opposition avec négaWatt. L'objectif principal des militants de négaTEP est de réduire au minimum possible le développement des électro-EnR (pour protéger le nucléaire, et en n'hésitant pas à salir l'éolien et le solaire photovoltaïque) et à développer les EnR thermiques (combustion du bois etc.), qui elles gênent beaucoup moins le nucléaire.

Les expressions "négaWatt" et "négaTEP" n'ont pas une connotation positive mais négative, d'anti-, de conflit. Je préfère une approche du type "Posi-Energie" ou "Pro-Clean-Watt".

Cet affrontement a fait oublier deux faits essentiels :

1 - le potentiel du solaro-éolien est phénoménal (la Terre intercepte une puissance solaire de 175.000 TW), contrairement à celui de la biomasse qui est très limité du fait de la faiblesse du rendement photosynthétique. Le solaire et l'éolien ont un excellent bilan environnemental et sanitaire dans les études multicritères.

2 – un système énergétique intégralement basé sur l’électricité solaro-éolienne est intrinsèquement efficace, comme l’a démontré Mark Jacobson (Stanford) avec son scénario WWS (Wind Water Sun). Il permet, à niveau de confort égal, de consommer bien moins d’énergie. Les véhicules électriques et les électro-pompes à chaleur sont de formidables leviers pour réaliser des économies d’énergie. Passer au WWS c'est de facto opter pour les économies d'énergie, sans que le consommateur ne s'en aperçoive.

Choisir comme angle de communication les économies d'énergie (synonyme de restrictions et de décroissance dans l'inconscient collectif) est peu porteur. Et comme le soulignait Hermann Scheer, père des lois allemandes sur les énergies renouvelables, c'est encore pire quand on rajoute une ambiance de fin du monde en exagérant les risques climatiques, cela bloque les gens qui deviennent apathiques, déprimés, titaniquesques. Le syndrome du Titanic est hyper-paralysant et très peu mobilisateur. On a jamais gagné une guerre dans cet état d'esprit là ! Depuis 2009, convaincu par la nécessité de sortir des énergies fossiles et fissiles, j'ai précisément cherché à expliquer aux climato-communiquants (y compris Jean Jouzel et Valérie Masson-Delmotte du LSCE) pourquoi leur approche hyper-alarmiste était stérile et qu'il ne sert à rien de tordre les résultats scientifiques dans le but de provoquer la peur chez les gens. Sur ce point, j'étais d'accord avec Claude Allègre.

Communiquer sur l'abondance durable qu'offre le WWS est beaucoup plus enthousiasmant et donc efficace, comme le démontre le psychothérapeute Bertrand Piccard avec l'avion Solar Impulse. Nous allons sortir du paradigme de la rareté des fossiles de l'U235 (stocks) et entrer dans celui de l'abondance solaire (flux).


SORTIR DE L'ERE DU FEU

Il convient donc de sortir de l’affrontement négaWatt / négaTEP et d’entrer aujourd’hui dans une nouvelle approche, celle de la Solar Electron Economy.

Le rapport Mines Paris Tech / Artelys / Energie Demain / Ademe qui vient d’être publié par l’Ademe (grâce à la pression exercée par toute une chaîne d’acteurs: réseau TEPOS, Objectif Terre, La Gazette des Communes, Le Monde et enfin Médiapart relayé ensuite par l’intégralité des médias) montre que la France peut passer à une électricité 100% renouvelable (hypothèse de 420 TWh contre 500 TWh aujourd'hui), tant d'un point de vue technique qu'économique.

Jamais une étude aussi sérieuse n'avait été réalisée en France (ce qui n'enlève rien à l'intérêt et au mérite des autres). Le logiciel mis au point par Artelys, start-up française en plein croissance à l'échelle internationale, permet d'analyser de manière très rationnelle les systèmes électriques 100% EnR qui sont intrinsèquement complexes et qui ne peuvent pas être appréhendés par de simples règles de trois. Ce logiciel Artelys Cristal Supergrid, nourri notamment des données Météo-France (insolation et vent, heure par heure) permet d'identifier les combinaisons et les outils de flexibilité les plus rationnels sur le plan économique (optimisation). Cette étude est du niveau de celle du SRU en Allemagne et du NREL aux USA.

Il est important de souligner que la conversion de l’ensemble des transports au 100% électrique (y compris bateaux) n’induira une demande que de +150 TWh, et que le passage généralisé aux pompes à chaleur aquathermiques et géothermiques couplées à l’insolation thermique des bâtiments n’induira une demande que de +100 à +150 TWh. Total secteurs transport + chaleur: +250 à 300 TWh.

Le rapport Ademe, avec les hypothèses très conservatrices retenues, estime à plus de 1200 TWh le potentiel des électro-EnR en France.

Sortons de l'ère de la combustion et des particules qui détruisent la santé des citadins.

Entrons dans celle de la Solar Electron Economy intrinsèquement découplante et zéro émission !

Sortir des énergies sales et non durables est un objectif en soi quand on sait que les EnR peuvent répondre à l'intégralité de la demande énergétique. Ensuite il faut hiérarchiser les priorités et alors intervient la perception subjective du risque: pour certains les risques nucléaires sont moins acceptables que les risques climatiques. Pour d'autres c'est l'inverse. Il n'y a pas de vérité universelle en la matière. Il y a aussi ceux qui manipulent la thématique climatique (alors qu'ils n'en ont en réalité strictement rien à faire) pour vendre du nucléaire et là cela relève de l'escroquerie intellectuelle.

L'Allemagne refuse de choisir entre la peste et le choléra et a décidé de s'attaquer (avec succès) simultanément à la fois aux énergies fossiles et nucléaires. Avec une pression un peu plus forte pour sortir du nucléaire.

Pour Jean Jouzel, vice-président du GIEC, "l'Allemagne montre l'exemple".

scénario négaWatt (environ 900 TWh), dominé par la biomasse solide

scénario négaWatt (environ 900 TWh), dominé par la biomasse solide

scénario Objectif Terre, Solar Electron Economy (750 TWh)

scénario Objectif Terre, Solar Electron Economy (750 TWh)

le scénario négaTEP est de son côté bourré d'Uranium. "Négatep a retenu de limiter à 70 TWh d’éolien et 17 TWh de photovoltaïque, soit un peu moins de 10 % du total des 908 TWh de la production électrique en 2050." (Les différents scénarios sont facilement consultables en ligne, sur le site de négaWatt et sur celui de "Sauvons le nucléaire (climat)"

le scénario négaTEP est de son côté bourré d'Uranium. "Négatep a retenu de limiter à 70 TWh d’éolien et 17 TWh de photovoltaïque, soit un peu moins de 10 % du total des 908 TWh de la production électrique en 2050." (Les différents scénarios sont facilement consultables en ligne, sur le site de négaWatt et sur celui de "Sauvons le nucléaire (climat)"

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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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