TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

100% d'électricité renouvelable en France, le rapport de l'Ademe fait le tour du monde

100% d'électricité renouvelable en France, le rapport de l'Ademe fait le tour du monde

Le journaliste américain Craig Morris, spécialiste de l'énergie, résume pour les experts du monde entier les conclusions du rapport escamoté de l'Ademe.

La présentation d'un rapport de l'Ademe sur la faisabilité de 100% d'électricité renouvelable en France à l'horizon 2050 avait été déprogrammé in extremis d'un colloque organisé les 14 et 15 avril derniers à Paris. Le rapport, un brûlot au pays de l'atome, avait finalement été publié par Mediapart, mais sa publication officielle est reportée sine die. Selon le rapport, atteindre 100% d'électricité renouvelable ne serait pas plus cher que l'électricité nucléaire.

Intitulée "Vers un mix électrique 100 % renouvelable en 2050", l'étude pilotée par l'Ademe avec la contribution de la Direction générale de l'énergie et du climat a été réalisée "dans un objectif de robustesse et de solidité scientifique" et les hypothèses, méthodologies et résultats ont été "confrontés à un comité scientifique constitué d'experts nationaux et internationaux à la fois industriels et académiques".

Manquait toutefois un élément essentiel du rapport, la note de synthèse, ou selon l'expression consacrée en langue anglaise l'executive summary, document destiné à permettre sa compréhension en quelques minutes par les édiles pressées.

L'auteur, qui est l'un des commentateurs de l'actualité énergétique les plus avisés, donne ainsi au rapport de l'Ademe, escamoté en France, une visibilité mondiale.Considérant l'importance de l'étude, Le journaliste américain Craig Morris, installé en Allemagne et spécialiste du secteur de l'énergie a jugé opportun d'écrire lui même cet executive summary à l'adresse des analystes du secteur de l'énergie du monde entier.

Nous considérons pour notre part qu'il s'agit aussi d'un compliment à l'adresse de l'Ademe et des rédacteurs du rapport. Ci-après traduction en français de cet executive summary opportun.

EXECUTIVE SUMMARY
Les deux prochaines décennies offrent à l'industrie française de la production électrique un défi majeur. L'électricité nucléaire couvre à peu près les 3/4 de la demande mais l'âge moyen des centrales est de l'ordre de 30 ans. Le gouvernement vise par ailleurs à réduire sa dépendance au nucléaire, en partie grâce aux renouvelables.

La France n'a pas seulement été un leader dans le domaine scientifique depuis des siècles, elle est aussi fière de sa longue tradition démocratique. L'association de la démocratie et de la recherche rend nécessaire l'évaluation du champ du possible. Cette étude est conçue comme une quête scientifique dans le cadre du débat démocratique.

Dans d'autres pays, des études ont déjà été réalisées pour envisager la faisabilité d'un objectif de (presque) 100 % d'électricité renouvelable, et même 100% d'énergies renouvelables (toutes énergies confondues). Au Japon (Energy Rich Japan), en Allemagne (Kombikraftwerk,Geschäftsmodell Energiewende, et SRU), Au Royaume-Uni (Zero-carbon Britain), en Australie, aux USA (Renewable Electricity Futures), en Califonie (PDF), et même dans l'ensemble de l'Union Européenne (RE-thinking 2050).

Ecofys a imaginé un scénario 100% renouvelable pour le monde entier. Greenpeace fait régulièrement des mises à jour de son scénario Energy [R]evolution, lui aussi dans une optique mondiale. PriceWaterhouseCoopers a également réalisé une feuille de route pour 100% d'électricité renouvelable en Europe et en Afrique du Nord. Cette liste n'est pas exhaustive. Nous invitons notre lecteur à consulter le site du World Future Council qui référence ce type de rapports et d'études avec un accès par région. Le WFC a d'ailleurs réalisé une synthèse titrée"How to achieve 100 renewable energy". Et puis rappelons que le Danemark et les Pays-Bas ont déjà un objectif officiel de 100% d'énergies renouvelables d'ici 2050.

La présente étude vise à compléter ces travaux pour la France. Nous espérons que nos conclusions contribuerons à une discussion ouverte sur les destinées énergétiques du pays, en y incluant tous les citoyens. Jusque là, en ce qui concerne la France, l'étude la plus remarquée a été produite par l'association Negawatt en 2011 ; elle propose un scénario de 90 % d'énergies renouvelables (pas seulement l'électricité) d'ici 2050.

Quelle quantité d'électricité, quelles technologies ?

En accord avec ces autres publications, cette étude conclut qu'une production électrique française 100% renouvelables serait possible et abordable, mais pas simple. Deux hypothèses de maîtrise de la consommation ont donné lieu à deux scénarios : l'un avec une consommation annuelle de 406 TWh, l'autre avec 487 TWh (pour 465 TWh en 2014). L'étude fait aussi des hypothèses climatiques et tient compte de l'impact des températures sur la consommation électrique - un aspect peu couvert dans les autres études mais important en France où le chauffage électrique est très développé. Notez que le Danemark prévoit d'absorber son surplus d'électricité renouvelable pour produire de la chaleur. Autrement dit, En France, l'addiction à la chaleur électrique, généralement perçue comme un problème, peut être utile à la transition vers les renouvelables.

Une question concerne la répartition de la production de l'électricité renouvelable entre les différentes sources possibles - solaire, éolienne, biomasse (méthanisation exceptée), géothermie, hydraulique, énergie des océans. L'étude répond à la question avec force détails pour chacune des 21 régions françaises [sachant que le potentiel totale d'électricité renouvelable s'élève à 1268 TWh, soit trois fois la demande d'électricité en 2050].

Dans le scénario de référence, le vent et le soleil seraient les principales sources d'électricité. Seraient alors nécessaires 96 GW d'éolien sur terre, 10 GW d'éolien en mer et 63 GW de solaire photovoltaïque (dont 2/5 sur les toits et 3/5 au sol). Des considérations d'acceptance du public amènent à étudier des variations, par exemple une moindre proportion de solaire au sol. Les 96 GW d'éolien à terre induisent la construction de 50 000 éoliennes (contre 4000 aujourd'hui), une situation qui pourrait également donné lieu à des oppositions. Néanmoins ces chiffres aboutissent à une puissance moyenne par turbine de 2 MW, un chiffre modeste si on le compare aux 2,6 MW de puissance moyenne par machine installée en 2014 en Allemagne. La puissance croissante des éoliennes permettrait d'en réduire le nombre pour la même puissance installée. En revanche, il n'a pas été envisagé d'opposition du public aux nécessaires adaptations du réseau électrique.

Quel coût ?

Le coût est une autre considération de premier plan. Des hypothèses sont faites sur les évolutions dans le temps des coûts de chaque technologie, mais sans doute est-il plus pertinent de parler du coût total global de chaque scénario. Dans le scénario de référence, l'éolien représente à lui seul 65% des investissements annuels nécessaires, soit 50,1 milliards d'euros. Le kilowattheure coûterait alors 11,9 cts (incluant la production, le transport, la gestion de la demande, le stockage, mais pas les taxes). Ce coût ne baisse pas de façon considérable avec la proportion d'électricité renouvelable dans le mix de production. Il est de 11,7 cts à 40% d'électricité renouvelable [avec 50% de nucléaire, le reste provenant du gaz]. Calculé de manière équivalente, le coût de l'électricité aujourd'hui est de 9,1 cts le kWh.

L'étude distingue le coût du stockage de l'électricité à court terme, et le coût du stockage inter-saisonnier. La proportion de chacune des technologies de production électrique renouvelable ainsi que leur répartition sur le territoire sont cruciales pour limiter le recours au stockage. La gestion de la demande - incluant les véhicules électriques, l'eau chaude sanitaire, les appareils domestiques - est également étudiée pour son influence positive sur les coûts. La répartition entre stockage de l'électricité et gestion de la demande aboutit à une capacité d'effacement de seulement 3 % de la production électrique totale.

L'ensemble de l'étude replace la France dans le contexte de ses voisins européens supposés avoir atteint 80 % d'électricité renouvelable en 2050 (en accord avec la feuille de route de la Commission européenne). Les échanges commerciaux d'électricité sont donc partie intégrante de l'étude, l'objectif étant une plus grande indépendance sans la nécessité d'une complète autonomie.

Pour conclure Craig Morris reprend un passage de la page 6 du rapport : "l 'Ademe est tout à fait consciente que cette étude n'est qu'une première pierre à un édifice qu'il sera nécessaire de continuer de construire les années prochaines. Les résultats engendrent de nouvelles questions, que de futures études pourront très certainement traiter."

Craig Morris est le rédacteur principal du site internet German Energy Transition.

Il écrit quotidiennement pour le site d'information spécialisé en langue anglaise Renewables International.

Suivre Craig Morris @PPchef

Retour à l'accueil

Partager cet article

À propos

Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
Voir le profil de Transition Energétique sur le portail Overblog

Commenter cet article