TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Ségolène et les réacteurs. Oui, mais lesquels? Pendant ce temps ailleurs, les ENR explosent...

Ségolène et les réacteurs. Oui, mais lesquels? Pendant ce temps ailleurs, les ENR explosent...

Réactions tous azimuts (et prévisibles) après l’interview de Ségolène Royal à notre confrère L’usine Nouvelle, ce 13 janvier 2014, titrée « Il faut programmer la construction d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires ». Du député écologiste Denis Baupin, pour qui « la France n’a pas besoin de nouveaux réacteurs nucléaires, mais plus de renouvelables », à la SFEN (société française d’énergie nucléaire, association de promotion du nucléaire, qui compte comme contributeurs EDF, Areva, CEA, Andra, GDF-Suez…) qui « se félicite des réactions de la ministre » tout en grognant sur le projet de loi sur la transition énergétique « elle n’ouvre toujours pas de perspective pour le parc existant ou les nouvelles constructions », en passant par le réseau Sortir du Nucléaire, pour qui les propos de la ministre sont « inacceptables » et ne servent qu’à « sauver une filière en déroute ». Rappelons, pour mémoire, qu’en avril 2014, Bernard Bigot, administrateur du CEA, bientôt à la tête d’ITER (prototype de réacteur à fusion nucléaire), estimait, également dans Usine Nouvelle qu’« il faut construire 35 réacteurs d’ici 2050 (…) pour que l’énergie nucléaire puisse couvrir les besoins en électricité à 50% »

Une chose est sûre : la déclaration de la ministre de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie, demeurée très générale, n’explicite pas de quels réacteurs il s’agira. Nous nous étions posé explicitement cette question, à Sciences et Avenir, juste après les débuts de la catastrophe de Fukushima. Nous avions alors publié le schéma ci-dessus de renouvellement du parc, proposé par le CEA (avant que ne soit avancé le principe d’une réduction de la place du nucléaire en France à 50% d’ici une dizaine d’années, contre 75% aujourd’hui).

On voit que l’amorce du changement se fait d’abord à travers l’EPR (réacteur à eau pressurisée européen), dont on sait que la construction ne se révèle pas si aisée et dont le coût ne cesse d’augmenter. Le démarrage de celui de Flamanville (plus de 8 milliards d’euros, trois fois plus que ce qui était prévu), prévu pour 2012, n’aura peut-être lieu qu’en 2017. Bien, mais à quel rythme les construire ? Pour l’estimer, encore faut-il décider de la durée de vie des réacteurs actuels. Cinquante, soixante ans ? Ce qui n’est toujours pas clair. D’autant que l’ASN (autorité de sûreté nucléaire) ne veut pas promettre un prolongement sans examen au-delà de quarante ans. De premiers avis sur les points techniques cruciaux permettant d’assurer la sûreté devraient tomber cette année.

Ensuite et en parallèle, un peu plus tard, passer à des réacteurs dits de 4ème génération ? Oui, mais lesquels ? Bernard Bigot prône des « réacteurs à neutrons rapides permettant le multirecyclage du plutonium ». Au CEA, on travaille toujours à l’élaboration du prototype Astrid, refroidi par le fluide caloporteur sodium (environ 650 Millions d’euros pour cette phase d’étude). Après l’arrêt de Superphénix en 1996 (déjà un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodiu), peut-on imaginer de reprendre pareil genre de filière ? Ou bien se tournera-t-on vers d’autres solutions, qui n’ont été jusqu’à présent que peu prises en compte – type réacteurs à « sels fondus » ? Filière dont les défenseurs pointent le côté plus « sûr » et l’avantage de se défaire de la seule ressource uranium (qui n’est pas inépuisable) pour se tourner, par exemple, vers le thorium.

C’est un euphémisme que de dire que ce genre de décisions augure d’âpres débats. Car si les débuts du nucléaire civil français ont été opérés dans le secret et le développement des réacteurs REP actuels accompli à marche forcée entre la fin des années 1970 et pendant les années 1980-1990, les temps ont changé. Les prochaines décisions ne pourront que passer par un débat démocratique. Et il faudra beaucoup d’éducation au nucléaire pour que les citoyens s’y retrouvent dans le jargon du domaine. Si tant est qu’ils ne réclament, désormais, des énergies renouvelables ! Notre voisin l’Allemagne montrant en quelque sorte l’exemple.

Deux seules exigences cruciales d’ici là : l’absolue sécurité des installations, dont les vulnérabilités ont été pointées lors d’un récent rapport maintenu secret, demandé par l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques, en novembre 2014, après le survol de plusieurs centrales par des drones, toujours non identifiés. Et l’inflexibilité de l’ASN et de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) sur les questions de sûreté. Tout cela fait beaucoup demander.

Pendant ce temps TVO, l’opérateur nucléaire finlandais qui a commandé à Areva le premier réacteur EPR au monde va opérer des coupes budgétaires a-t-on appris dans un communiqué publié le 8 janvier 2014 sur son site. En cause : la concurrence des énergies renouvelables, les retards de l’EPR et l’escalade des coûts de production du nucléaire.

TVO n’arrive plus à vendre les kWh de ses deux réacteurs nucléaires en fonctionnement à Olkiluoto (Finlande) à un prix suffisant sur le marché nordique de l’électricité pour maintenir ses marges. Comme ailleurs en Europe, l’électricité renouvelable disponible en abondance sur le marché fait souffrir les centrales conventionnelles. « Il y a tellement de renouvelables sur le marché ! » s’exaspère un porte-parole de TVO joint au téléphone, qui pointe du doigt l’éolien suédois et son tarif d’achat nettement supérieur au prix du marché. La Finlande est de plus en plus dépendante des importations d’électricité (principalement de Suède), pour partie à cause du retard dans la construction de l’EPR.

Le chantier de l’EPR porte aussi sa part de responsabilité dans les difficultés financières de TVO. Client malheureux de l’EPR en construction à Olkiluoto, TVO indique que le retard accumulé de neuf ans sur la livraison du réacteur a causé « des coûts supplémentaires remarquables. » Et c’est sans compter les 3,5 milliards d’euros qu’Areva réclame à TVO dans une procédure d’arbitrage à la Chambre de commerce internationale. L’opérateur finlandais demande de son côté 2,3 milliards d’euros à Areva.

A cela s’ajoutent le coût des mesures post-Fukushima de renforcement de la sûreté des deux réacteurs de TVO et une participation de plus en plus onéreuse à un fonds national destiné à la gestion des déchets nucléaires. Alors que le coût de production du kWh nucléaire augmente, TVO estime que le prix de vente de l’électricité nucléaire restera bas sur le long terme. « Le nucléaire a besoin d’être suffisamment rentable ! » s’exclame le représentant de TVO.

Pour arrêter l’hémorragie, TVO envisage une restructuration importante afin de parvenir à économiser 15 millions d’euros par an. Un plan d’économies qui pourrait se traduire par la suppression de 110 emplois sur un total de 840. Les négociations avec le personnel commencent le 14 janvier.

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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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