TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Une fissure dans la façade pronucléaire de la CGT

Une fissure dans la façade pronucléaire de la CGT

La fédération Équipement et Environnement Alsace réclame un débat interne sur le nucléaire et la fermeture de la centrale haut-rhinoise.

Lors de sa visite à Fessenheim, puis en meeting à Mulhouse, le 12 juin dernier, le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, avait déclaré que « rien ne justifiait aujourd’hui la fermeture » de la centrale nucléaire haut-rhinoise, évoquant « un gâchis humain et économique », « une idiotie » qui pourrait amener la confédération au « rapport de force si nécessaire ». Des propos qui « décrédibilisent la CGT auprès de tous les salariés » et ont suscité « un vif émoi » au sein des cégétistes de la région, selon une lettre de la CGT Équipement et Environnement Alsace, adressée au « camarade secrétaire général » le 30 juin et récemment rendue publique par les réseaux antinucléaires.

« Urgent de fermer »

Dans cette lettre, Geneviève Manka – secrétaire de cette coordination fédérale, qui regroupe des salariés de la Direction interdépartementale des Routes de l’Est (Dir-Est), de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), de la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) du Bas-Rhin et de la Direction départementale des Territoires du Bas-Rhin – met en doute la représentativité de la parole du leader de la CGT et réclame une consultation des militants sur le sujet. Elle considère pour sa part qu’il est « urgent de fermer la centrale de Fessenheim » et en énonce les raisons, reprenant très largement les arguments des écologistes (l’association Stop Fessenheim aurait d’ailleurs proposé une adhésion) : les difficultés croissantes d’approvisionnement en uranium, la gestion des déchets, la réévaluation du coût global de la filière, l’état des centrales, qui impose de lourds investissements, les risques sanitaires auxquels s’exposent les salariés du nucléaire et, plus spécifiquement pour Fessenheim, les risques sismique et d’inondation.

S’ajoutent, pour la CGT Équipement Alsace, la pression du « marché capitaliste » et les effets pervers du monopole dans le mode de production énergétique. Et de conclure que « la CGT doit regarder cette question de l’emploi dans les centrales nucléaires avec un regard de syndicalistes de lutte de classe, indépendant du raisonnement du monde capitaliste de course au profit maximum, elle doit revendiquer la mise en valeur du savoir-faire des salariés du nucléaire pour protéger les populations et fermer ces centrales dangereuses ».

« Il faut discuter »

Contactée hier, Geneviève Manka rappelle que sa coordination participe « depuis longtemps » à des mouvements antinucléaires et que sa lettre est le fruit d’une « discussion collective ». Elle indique que les réactions ont été jusqu’à présent positives, émanant notamment des cheminots. La direction de la CGT, elle, n’aurait pas encore donné suite. « L’objectif n’est pas de semer la discorde au sein de la confédération , souligne Geneviève Manka. Nous avons le souci de rester unitaires, mais il faut discuter. » Une lettre sera envoyée à la rentrée aux adhérents de la fédération Mines Énergie, dont dépendent les salariés d’EDF. « Nous voulons leur tendre la perche : nous savons qu’ils sont moins pronucléaires que soucieux de leurs emplois. Nous aurons besoin de leurs compétences pour fermer les réacteurs. »

La lettre à télécharger ici

Les syndicalistes de la coordination régionale Alsace de la fédération CGT Equipement Environnement développent un argumentaire contre l’énergie nucléaire que des écologistes auraient pu signer. Ils citent d’ailleurs un rapport de Greenpeace décrivant les dangers que représenterait l’allongement de la durée de fonctionnement des centrales au-delà de quarante ans.

Selon les têtes de chapitre de cet argumentaire, « Le nucléaire n’est pas une voie d’avenir », « L’énergie nucléaire est chère », « Les risques s’aggravent ».

Ils soulignent que « nous pouvons très bien nous passer de Fessenheim, puisque malgré l’arrêt complet de la centrale depuis le 18/4/2014, aucune restriction d’usage de l’électricité n’est venue perturber la vie en Alsace, ni d’ailleurs l’activité industrielle ».

Ils concluent : "Pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim dans le Haut-Rhin. Nous avons besoin de tous les salariés du nucléaire chez EDF et chez les sous-traitants"

Le débat sur l’utilisation d’une énergie non maîtrisée d’une part et les missions de service public des agents d’ERDF et de tous les sous traitants qui travaillent avec eux d’autre part est fondamental. Pour regagner la confiance des salariés, du public comme du privé, il faut aujourd’hui organiser une consultation des militants sur le sujet."

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Transition Energétique

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