TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

La transition énergétique ne profite pas à la filière solaire

La transition énergétique ne profite pas à la filière solaire

Les derniers chiffres de l'Observatoire du secteur témoignent d'une absence complète de perspectives. Les acteurs souhaitent que les pouvoirs publics donnent des signes tangibles en faveur d'une politique industrielle volontariste.

Hasard ou pas, au moment où le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte vient d'être adopté en première lecture au Parlement, la filière solaire publie des indicateurs guère encourageants. Signe que le gouvernement va devoir prendre des mesures plus immédiates et plus concrètes s'il veut que l'industrie photovoltaïque retrouve du dynamisme. Certes, selon les chiffres de l'Observatoire de l'Energie Solaire Photovoltaïque en France, 221 mégawatts crête (MWc) ont été raccordés au réseau au second trimestre - et 786 MWc au cours des douze derniers mois, soit une très légère progression - mais les perspectives demeurent peu prometteuses à court comme à moyen terme.

Alors que le marché hors résidentiel repose presque exclusivement sur le mécanisme des appels d'offres, aucun n'est actuellement en cours: «Sachant qu'il faut près de 12 mois entre le lancement d'un appel d'offres et la publication des lauréats, la filière va connaitre un trou d'activité de plus de 18 mois si l'on tient compte du temps nécessaire au financement des projets, souligne Daniel Bour, vice-Président de France Territoire Solaire, le think-tank qui édite l'Observatoire de l'énergie solaire photovoltaïque, d'un côté, nous avons un discours politique très encourageant et de l'autre une réalité bien sinistre. Nous sommes dans un système qui dépend du bon vouloir d'un ministre sans tenir compte du besoin de visibilité et de régularité nécessaire au développement économique d'une filière et de ses entreprises.»

«Sur le segment des grands projets - supérieurs à 250 kWc, seuls deux appels d'offres ont été lancés en quatre ans, ajoute Daniel Bour, un résultat bien en deçà de l'engagement pris par les pouvoirs publics de mettre en œuvre, a minima, un appel d'offres par an». Pourtant les discussions et relations avec les pouvoirs publics de la Direction Générale de l'Energie et du Climat au sein du Ministère de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie, sont jugés plutôt bonnes et prometteuses. «Le fait que la ministre se soit engagée très activement dans sa Région Poitou Charentes en faveur du photovoltaïque n'y est pas étranger, souligne Daniel Bour, mais cela rend d'autant plus incompréhensible l'absence actuelle des Appels d'Offres, dont le lancement est pourtant promis depuis longtemps.»

Le principal message de la filière - malheureusement pour ses acteurs - est désormais bien connu: «Sans visibilité, pas de pérennité», alors que cette industrie évalue la perte d'emplois dans l'Hexagone à 15 000 en quatre ans, pour tourner aujourd'hui autour de 10 000, loin du potentiel de 40 000 emplois que la filière pourrait atteindre. «Près de 200 entreprises ont dû interrompre leur activité tandis que celles qui survivent encore sont dans l'expectative, poursuit Daniel Bour. Pour espérer garder la tête hors de l'eau, il est indispensable de mener des projets à l'international. Or tous les professionnels n'ont pas la taille critique pour cela.» Il est vrai que plusieurs marchés, y compris en Europe, sont devenus très attractifs: tandis que le Royaume-Uni, qui n'est pas réellement réputé pour son ensoleillement, va raccorder en 2014 une capacité trois fois supérieure à la France (plus de 2,4 Giga Watt), France Territoire Solaire rappelle volontiers que l'industrie solaire a installé 40 gigawatts (GW) dans le monde en 2013, ce qui en fait la première énergie en termes de nouvelles capacités construites.

Pendant plusieurs années, la filière solaire française a pâti de son image d'une industrie ultra-subventionnée: «Ce système est révolu, le mécanisme d'obligation d'achat est en train de disparaître progressivement, à l'exception du secteur résidentiel (inférieur à 9 kWc), insiste Daniel Bour, et les coûts des centrales photovoltaïques ont été divisés par quatre en quatre ans. Pour toutes ces raisons, le photovoltaïque s'impose comme une énergie compétitive par rapport à toutes les sources d'électricité nouvellement installées. Le prix moyen alloué aux lauréats du dernier appel d'offres était inférieur à 100€/Mwh, à comparer à 220€/Mwh pour l'éolien offshore et 118€/MWh pour l'EPR vendu au Royaume Uni». Dans ces conditions, les acteurs ne comprennent pas l'immobilisme actuel et attendent une politique beaucoup plus volontariste, «avec des dispositifs véritablement en adéquation avec les objectifs inscrits dans la nouvelle loi».

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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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