TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Energies : le nucléaire se fait dépasser par les renouvelables

Depuis deux ans, l’industrie nucléaire est en perte de vitesse dans le monde et se fait désormais dépasser par les énergies renouvelables : pour la première fois l’année dernière, les nouvelles capacités installées des renouvelables ont dépassé toutes les autres énergies (nucléaire, charbon, gaz, et pétrole) pour la production d’électricité dans le monde, et de loin : 58 % contre 42 %, comme l’indique ce tableau réalisé par le consultant Mycle Schneider, auteur d’un rapport annuel sur l’état de l’industrie nucléaire (le World nuclear industry status report).

Nouvelles capacités en électricité dans le monde ©Mycle Schneider

Nouvelles capacités en électricité dans le monde ©Mycle Schneider

En Chine, l’éolien dépasse de très, très loin (91 gigawatts) le nucléaire (16 GW) en puissance installée, qui se retrouve même derrière le solaire depuis 2013. Et même lorsque l’on regarde le niveau de production d’électricité, depuis 2013, l’éolien (132 TWh) est désormais plus important que le nucléaire (111 TWh). En 2012, pour la première fois, le Japon, la Chine et l’Allemagne ont produit plus d’électricité par les« nouvelles renouvelables » (hors grands barrages) que par l’atome. En Espagne, pays nucléaire pourtant, l’éolien est devenu la première source d’électricité. « La bascule est en train de se faire en investissements, et accompagne un changement complet de vision du système électrique. Les géants de l’énergie sont en retard par rapport à ces évolutions », analyse Yves Marignac, du cabinet d’expertise Wise Paris. Les vingt plus gros énergéticiens européens ont perdu la moitié de leurs valeurs boursières depuis 2008.

Capacité installée d'électricité en Chine (©Mycle Schneider)

Capacité installée d'électricité en Chine (©Mycle Schneider)

Pour Mycle Schneider : « C’est une révolution énergétique. On invente des concepts tous les jours : couplage photovoltaïque et voiture électrique, chauffage individuel par des serveurs informatiques…, l’énergie ne se pense plus en kilowattheures produits mais en services rendus. » Dans ce contexte international, « c’est particulièrement hallucinant que la France décide d’exposer ses dinosaures. On est dans un monde qui bouillonne et on fait une expo sur le passé ! »

L’AIFEN (Association des industriels français exportateurs de nucléaire), pour sa part, met en avant d’autres chiffres : plus de 430 centrales nucléaires en activité dans le monde aujourd’hui, achat par la Grande-Bretagne de deux réacteurs EPR pour sa centrale de Hinkley Point (pour un coût total de 31 milliards d’euros, selon la Commission européenne). On peut y ajouter que 27 réacteurs sont en cours de construction en Chine, de loin le premier marché de l’atome civil aujourd’hui, devant la Russie, l’Inde, la Corée du Sud et les États-Unis. Selon l’AIFEN, la capacité nucléaire mondiale pourrait augmenter de 50 % d’ici 2025. Mais en réalité, la capacité, et la production, d’électricité atomique est en baisse depuis au moins l’accident de Fukushima, comme l’indiquent ces tableaux réalisés par Mycle Schneider.

Réacteurs nucléaires et capacités opérationelles dans le monde (©Mycle Schneider)

Réacteurs nucléaires et capacités opérationelles dans le monde (©Mycle Schneider)

Le secteur des renouvelables évolue à un rythme accéléré : hors panneaux, les coûts du système photovoltaïque ont chuté de 80 % en sept ans, selon Schneider. La parité réseau (quand le prix de l’électricité renouvelable devient identique à celui du courant fourni par le réseau pour le tarif résidentiel) est atteinte en certains endroits dans de nombreux pays. En 2013, les investissements mondiaux dans l’éolien ont été cinq fois supérieurs à ceux du nucléaire (pour un montant de 215 milliards de dollars contre seulement 42 milliards pour l’atome), note Greenpeace, qui a organisé, le 10 octobre à Paris, une présentation conjointe de Mycle Schneider et Yves Marignac. Pour Sébastien Blavier, chargé de campagne à Greenpeace France : « Le nucléaire est un secteur en déclin face au développement croissant des filières renouvelables. »

La France est économiquement en retrait sur les renouvelables, explique Marignac : elle pèse 15,7 % du PIB européen, mais seulement 5,6 % du chiffre d’affaires européen de l’éolien et 7,9 % du photovoltaïque, selon ses estimations. Aucun groupe français ne figure dans les 10 premiers fabricants mondiaux d’éoliennes, ni dans les 15 premiers en photovoltaïque. Alstom, l’un des champions français de l’énergie, ne pèse que 1,6 % de la capacité éolienne installée dans le monde.

En France, la part de la production d’électricité par les renouvelables a péniblement atteint 17 % en 2013 (dont l’immense majorité en hydraulique), ce qui ne devrait pas nous permettre d’atteindre l’objectif de 27 % en 2020. Face à ce retard énergétique et industriel, le projet de loi de transition énergétique ne fournit ni les outils réglementaires, ni les incitations financières pour en accélérer l’essor. La croissance verte “made in France” est en train de louper la révolution des nouvelles énergies renouvelables.

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Transition Energétique

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