TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

Lire, écrire, compter… et programmer ! La transformation des métiers : demain tous managers et tous codeurs ?

Lire, écrire, compter… et programmer ! La transformation des métiers : demain tous managers et tous codeurs ?

Atelier d'informatique pour enfants à New York. Après la transition énergétique, un autre retard est à déplorer en France. La programmation est la langue du XXI e siècle. Peut-on se dispenser de l'enseigner ?

La conjonction de l’Internet et des énergies renouvelables au xxie siècle donne lieu à une 3ème Révolution Industrielle http://fr.wikipedia.org/wiki/Troisième_révolution_industrielle et la France tarde à s'y préparer.

L'entretien a été long et l'écoute, attentive. Il y a trois semaines, le mardi 8 avril, un triumvirat d'informaticiens de haut vol - Colin de la Higuera, président de la Société informatique de France, Serge Abiteboul, professeur au Collège de France, et Gilles Dowek, chercheur à l'Inria - a été reçu à l'Elysée par Vincent Berger, le conseiller de François Hollande pour l'éducation et l'enseignement supérieur. Les trois chercheurs venaient lui remettre une lettre ouverte au président de la République plaidant pour la mise en place d'un enseignement de la science informatique à égalité de traitement avec les mathématiques ou les sciences naturelles, c'est-à-dire dispensé du primaire au lycée.

La missive était signée de quelque 500 universitaires et intellectuels ainsi que de deux anciens Premiers ministres, Michel Rocard et Lionel Jospin. Mais de bien peu de dirigeants d'entreprise de premier plan en dehors du secteur informatique - ce que n'a pas manqué de leur faire remarquer Vincent Berger. Les trois hommes sont ressortis de l'Elysée avec une certitude : « Ce qu'il nous reste à faire, c'est sensibiliser les industriels des autres secteurs à cette question et les inciter à relayer notre message. C'est dans leur intérêt d'avoir en France un vivier d'informaticiens et de programmeurs performants. Le code informatique sera la langue du XXIe siècle », déclare Colin de la Higuera.

Cette lettre ouverte n'est pas sortie de nulle part. La semaine précédant l'entretien du trio avec le conseiller de François Hollande, un grand colloque avait été organisé au CNAM sur le thème « Décodez le code » ; une multitude d'initiatives issues de la société civile pour apprendre l'informatique aux enfants y ont été présentées (lire ci-contre). Mais c'est l'Académie des sciences qui a ouvert le feu il y a un an avec la publication d'un rapport sur ce thème, éloquemment intitulé : « L'enseignement de l'informatique en France : il est urgent de ne plus attendre. »

Programmer ou être programmé

Pour nourrir cette offensive à destination des décideurs, l'Inria s'est appuyé sur une enquête de l'institut de sondage TNS Sofres. Il en ressort que 75 % des Français estiment que des cours d'informatique et de sciences du numérique doivent être proposés aux élèves avant la terminale. Depuis la rentrée 2012 en effet, certains lycées proposent aux élèves de terminale S une option, informatique et sciences du numérique (ISN). Un premier pas timide, car les effectifs restent minces : 15.000 élèves seulement. « Seul un lycée sur cinq en moyenne propose cette option, faute d'enseignants », regrette Colin de la Higuera. Il a été question de la généraliser aux terminales L et ES pour la rentrée 2014, mais l'expérimentation menée l'an dernier dans l'académie de Montpellier a fini en eau de boudin… toujours pour la même raison : le manque d'enseignants disponibles. Et c'est encore sur cet écueil qu'est venue buter à la rentrée 2013 l'introduction d'un enseignement informatique dans les classes préparatoires scientifiques (à raison de 2 heures hebdomadaires en maths sup et 1 heure en maths spé). Bref, on observe quelques frémissements depuis deux ans, mais sans dépasser le stade du système D et des bouts de ficelle.

Ailleurs, pourtant, certains pays ont passé depuis longtemps la vitesse supérieure. En Chine, au Japon et en Corée du Sud, l'informatique est enseignée sur un mode obligatoire dès l'âge de 8-10 ans et jusqu'à l'équivalent du bac. Même chose en Inde. Plus près de nous, la Bavière est le Land le plus à la pointe de l'Allemagne fédérale : l'informatique y est enseignée de façon continue tout au long de la scolarité depuis une quinzaine d'années. Sans doute Barack Obama avait-il tous ces exemples en tête lorsqu'il a enregistré un petit film, visible sur Internet, dans lequel il exhorte les jeunes Américains à concevoir des applications pour smartphones plutôt que les télécharger, à programmer plutôt qu'à consommer. Un message repris presque mot pour mot - mais avec moins d'écho - par l'ex-ministre déléguée à l'Economie numérique Fleur Pellerin qui, l'an dernier, prévoyait pour nos enfants l'alternative suivante : « Soit ils programmeront, soit ils seront programmés. »

Un gouvernement de littéraires

Mais l'exemple le plus récent et le plus spectaculaire d'une conversion à l'enseignement de l'informatique est celui du Royaume-Uni. Le rapport de l'Académie des sciences française s'est inspiré de celui publié en 2012 par la Royal Society, « Shutdown or Restart ». La différence avec ce côté-ci de la Manche étant que, à Londres, les industriels s'en sont mêlés. Et pas n'importe lesquels. Google et Microsoft Research (la division de Microsoft spécialisée dans la recherche informatique) ont tous deux envoyé leurs plus hauts ambassadeurs à Downing Street pour expliquer à David Cameron que les informaticiens formés dans ses universités n'étaient pas à la hauteur de leurs homologues indiens, et que si rien ne changeait ces firmes iraient recruter leurs programmeurs ailleurs que parmi les sujets de Sa Très Gracieuse Majesté… La réaction de Londres n'a pas tardé. Désormais, pour les petits Anglais comme pour les petits Indiens, l'informatique est étudiée à l'égal des maths, de la physique ou de la biologie.

La France ne semble pas prendre ce chemin, et l'instauration d'un Capes ou d'une agrégation d'informatique n'est à l'évidence pas pour demain. « Notre pays est gouverné quasi exclusivement par des littéraires qui croient encore qu'il suffit de savoir se servir d'un ordinateur ou de se familiariser avec les réseaux sociaux pour en avoir fini avec l'informatique », fulmine Gérard Berry, professeur au Collège de France et infatigable militant de l'enseignement de l'informatique à l'école.

Au coeur de cette bataille menée par Gérard Berry, Colin de la Higuera et quelques autres, il y a bien sûr la réalité technico-économique du monde aujourd'hui : loin de se cantonner à nos ordinateurs qui vont sans doute disparaître (car l'avenir est à l'informatique ubiquitaire), les lignes de codes se sont infiltrées partout et ce sont elles qui constituent, aujourd'hui, le vrai « nerf de la guerre » économique. « Plus de 50 % du coût de production d'une voiture haut de gamme résulte de l'informatique et des logiciels embarqués », pointe Colin de la Higuera. Mais ce n'est pas la seule raison. Une autre, plus fondamentale et tout aussi souvent avancée, tient à la spécificité de la science informatique et de ce qui en constitue la substantifique moelle, la pensée algorithmique (lire ci-dessous). Née au XIXe siècle grâce à Charles Babbage et Ada Lovelace, structurée et formalisée au siècle suivant par Alan Turing, cette pensée, souligne Gérard Berry, « est étroitement liée à la pensée mathématique mais ne se confond pas avec elle ». L'informatique est donc une science à part. Et à part entière.

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Transition Energétique

Au nom de quoi léguer pour des milliers d'années à des centaines de générations des produits toxiques qui n'auront servi au bien être que de deux ou trois générations ?
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